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Photographie narrative

Dans la tête de Stéphane Lavoué

Entrez dans la tête du photographe Stéphane Lavoué, au plus près de son travail, de ses goûts, de ses influences et de son processus créatif.

Temps de lecture : 20 min

Sommaire

Qui est Stéphane Lavoué ?

Stéphane Lavoué est un photographe français né en 1976 à Mulhouse. Il a un diplôme d’ingénieur obtenu en 1998 à l’École supérieure du bois de Nantes. Depuis 2015, il vit à Penmarc’h dans le Finistère, à 30 km au sud de Quimper. Il est lauréat du Prix Niépce en 2018.

Les principaux projets de Stéphane Lavoué

The Kingdom (2017)

Dans The Kingdom, Stéphane Lavoué s’approprie le Northeast Kingdom, une région au nord-est du Vermont, aux États-Unis.

Stéphane Lavoué - The Kingdom - Paysage

Le livre nous plonge au cœur d’un royaume imaginaire, dont l’existence résonne pourtant parmi les habitants de la région.

Stéphane s’efforce de saisir la manière dont l’idée d’un territoire royal prend forme dans leur esprit, de quelle façon elle façonne leurs comportements et leurs modes de vie, et comment elle attire les touristes.

Le livre The Kingdom est publié aux Éditions 77 (Bagnolet, France).

Les Mois Noirs (2020)

Dans Les Mois Noirs, Stéphane Lavoué explore la vie vécue au Pays Bigouden dans le Finistère, une fois l’hiver venu.

Stéphane Lavoué - Les Mois Noirs - Chevaux

Il va à la rencontre des habitants, des pêcheurs, des brodeuses, des meuniers, des écaillers. Il croise des jeunes qui l’intriguent. Ceux qui n’ont pas quitté le pays et s’y accrochent. Pourquoi eux restent-ils alors que la majorité s’en va ?

Par la fiction, Stéphane révèle l’identité de la région et témoigne de son choix intime de s’y enraciner, après des années vécues à Paris.

Le livre Les Mois Noirs est publié aux Éditions 77 (Bagnolet, France).

Les Enchanteurs (2021)

Dans Les Enchanteurs, Stéphane Lavoué explore les Monts d’Arrée, vieux massif montagneux planté au coeur du Finistère.

Stéphane Lavoué - Les Enchanteurs - Paysage

Les Monts d’Arrée, c’est le territoire des légendes bretonnes, celles de l’Ankou, personnage associé à la mort, qui dit-on circule la nuit, debout sur un chariot dont les essieux grincent.

Stéphane y construit sa propre histoire à travers celle des gens qu’il croise et des paysages sombres qu’il arpente.

Le livre Les Enchanteurs est publié aux Éditions 77 (Bagnolet, France).

Gant(t) (2021)

Gant(t) est le fruit d’une résidence d’artiste à Douarnenez, dans le Finistère.

Le coin était réputé pour son grand port sardinier avant que les sardines ne disparaissent subitement de la baie, entraînant la fermeture de la plupart des usines de conserves.

Stéphane Lavoué - Gant(t) - Fenêtre

Dans Gant(t), Stéphane Lavoué révèle autant les stigmates de la culture de la pêche que son renouveau à travers de nouvelles activités comme la réparation navale.

Le titre du livre renvoie à 3 éléments : le gant de travail, la préposition bretonne qui veut dire « avec », et le fameux diagramme de planification des tâches dans le monde du travail.

Le livre Gant(t) est publié chez Filigranes Éditions (Landebaëron, France).

L’entrevue commence.

Pour en savoir plus sur le concept de l’entrevue : C’est quoi l’entrevueDans la tête” ?

Partie I : Zoom sur un projet photo de Stéphane Lavoué

Parle-moi d’un de tes projets

Je suis en train de bosser sur Allons enfants !, mon projet sur les jeunes recrues de l’Armée française, dans le cadre de la grande commande photographique de la Bibliothèque Nationale de France (BNF).

Pour en savoir plus sur la grande commande de la BNF : Radioscopie de la France : regards sur un pays traversé par la crise sanitaire.

Une section d'élèves officiers de Saint Cyr-Coetquidan à l'entrainement sur le terrain militaire de Coetquidan (photo de Stéphane Lavoué)
Une section d’élèves officiers de Saint Cyr-Coëtquidan à l’entrainement sur le terrain militaire de Coëtquidan

Au moment où je termine mon dossier de candidature, la guerre en Ukraine éclate, marquant le retour de la guerre de haute intensité en Europe.

C’est un type de guerre bien différent des conflits de ces 40 dernières années qui impliquaient rarement une bataille entre armées, mais plutôt des attaques ciblées d’armées contre des insurrections ici et là.

Ce nouveau format d’affrontement entraîne de lourdes pertes humaines et impacte le recrutement dans l’Armée française. Il change aussi le rapport des soldats face à leur propre mort.

Dans Allons enfants !, je me demande qui sont ces jeunes décidés à s’engager au péril de leur vie, comme le mentionne leur contrat d’engagement.

Stéphane Lavoué - Allons enfants! - Portrait d'un jeune militaire
Stéphane Lavoué – Allons enfants!

Ce n’est pas seulement l’arrivée de la guerre en Ukraine qui motive ma démarche, c’est aussi lié à mon histoire personnelle.

Je grandis dans une famille de médecins militaires, mon père et mon grand-père étaient dans l’armée. Toute mon enfance, je la passe dans des casernes en Allemagne et en Afrique. À 18 ans, je sors le monde militaire de mon champ de vision pour découvrir d’autres horizons.

Récemment, je ressens le besoin d’y revenir. Ce qui m’intéresse, c’est le moment de bascule entre la vie civile et l’intégration au monde militaire.

Le projet débute en août 2022 mais je commence réellement à photographier en octobre. Obtenir les accès aux centres de formations est un vrai parcours du combattant malgré le soutien de la BNF, une institution d’État.

Puis, je travaille tout l’hiver 2022.

Raconte-moi une photo de ce projet

Stéphane Lavoué – Allons enfants !

Je suis au début du projet, en octobre 2022. Sur un terrain militaire depuis plusieurs jours, j’accompagne des jeunes recrues à l’entraînement, au plus près de l’action.

Mais ça ne va pas du tout. J’ai l’impression de faire des images de recrutement pour l’Armée française. Chacune de mes photos pourrait être sous-tirée engagez-vous. Je ne sais pas ce que je veux dire avec ce projet, en tout cas pas ça. Je poursuis malgré le doute.

Un peu plus tard, je tombe sur un groupe de gars qui revient d’une nuit en pleine forêt. Des jeunes de 17 ou 18 ans fraîchement débarqués qui se camouflent pour la première fois. C’est fascinant de les observer se maquiller, comme des acteurs pour un rôle.

J’installe mon équipement dans une tente au milieu de la forêt. Je pose mon appareil photo sur pied avant de faire passer les jeunes un par un. Ce procédé identique pour tous va bien à l’esprit militaire, des individus qui fusionnent dans un groupe.

Au sein de ce groupe déboule ce jeune homme avec une forêt sur la tête. C’est la surenchère du camouflage. Malgré les différences évidentes, cette scène me rappelle la fameuse photo de Don McCullin, celle d’un soldat épuisé pendant la guerre du Vietnam.

Don McCullin - Vietnam - 1968 - Soldat qui tient un fusil dans les mains
Don McCullin – Vietnam – 1968

Partie II : Les goûts et les inspirations de Stéphane Lavoué

Un album que tu as beaucoup écouté

J’ai beaucoup écouté The Line Is A Curve (2022), l’album de spoken word de Kae Tempest. C’est une artiste anglaise, mi-chanteuse mi-poète, qui déclame ses textes sur une musique hip-hop. J’adore ses textes, son phrasé et son accent anglais.

Écouter The Line Is A Curve de Kae Tempest sur Spotify ou Deezer.

Autre accent britannique, le groupe de post-punk Sleaford Mods, dans un style un peu plus trash. Et de l’autre côté de l’Atlantique, je n’ai toujours pas décroché des Strokes.

Un roman qui a éveillé quelque chose en toi

Je suis fan des polars historiques de Thomas Cantaloube, notamment son premier, Requiem pour une République (2019). On est plongé dans les coulisses de la guerre d’Algérie, tous ces flics qui répriment les manifestations des immigrés nord-africains à Paris.

Un gros contexte historique sur lequel l’auteur ajoute une histoire fictionnelle captivante, habilement entremêlée à la grande Histoire.

Un film dont tu te sens proche

Le documentaire Toute la beauté et le sang versé (2023) de Laura Poitras m’a complètement bouleversé.

J’ai été bluffé par la double narration. La grande histoire de la crise des opiacés légaux aux États-Unis et l’histoire personnelle de Nan Goldin.

Pour aller plus loin : Vous pouvez lire mon article La ballade de Nan Goldin : de l’intime à l’universel

Par ailleurs, j’ai lu la saga Le cas Depardieu (2023) publiée en 6 épisodes dans le journal Le Monde et réalisée par Raphaëlle Bacqué. C’est formidable, à travers le parcours de Gérard Depardieu se dessine un portrait de la société française de ces 50 dernières années.

Ça m’a donné envie de revoir tous les films de Bertrand Blier, surtout Les Valseuses (1974) et Buffet Froid (1979) que j’ai vu plusieurs fois.

Où trouves-tu l’inspiration ?

Bien sûr, je n’ai pas de méthode miracle.

C’est d’abord une forme d’hygiène intellectuelle qui peut amener à faire naître du désir. Pour moi, l’inspiration est de l’ordre du désir, le désir de photographier. Et ce désir peut émerger du cinéma, de la musique, de la littérature, de contenus documentaires, mais aussi du voyage.

Je puise également mon inspiration dans mon histoire personnelle et mes rencontres. Au début de ma carrière de photojournaliste, les sujets traités étaient complètement éloignés de qui j’étais. En me consacrant à mes projets perso, je me concentre sur ce qui m’entoure, mon environnement, mes relations, mon histoire. C’est de là que je tire le fil de mes projets.

C’est enfin une forme d’entraînement pour mettre en action ces idées. La pratique de la photographie comme la pratique sportive génère une aisance, la maîtrise des conditions de prise de vue par exemple. Mais il faut que cette aisance soit alimentée par des images. J’achète des livres photo, je vois des expo, nourrissant constamment mon regard.

Les photographes qui t’inspirent

J’ai eu un choc visuel et émotionnel avant même d’être photographe.

Sebastião Salgado

À la fin des années 1990, je découvre les images de Sebastião Salgado placardées dans les favelas de Belém, où j’habite en Amazonie. Celles réalisées en 1986 dans la mine d’or près du village de Serra Pelada, au nord du Brésil.

Dans un énorme trou de 200 mètres, plus de 50 000 hommes transportent des sacs de terre. Certains montent, d’autres descendent un chemin que seules leurs silhouettes de fourmis laissent deviner.

À l’époque, je suis chargé des achats pour un grand groupe industriel et me demande ce que je vais faire de ma vie. Je n’ai pas de formation en histoire de l’art. La peinture et l’écriture me semblent inabordables. La photographie m’apparaît comme un support que je pourrais m’approprier.

Raymond Depardon

Je me lance et je creuse ce sillon documentaire. Par la suite, d’autres photographes m’influencent. Raymond Depardon, ses films et sa photographie, dans un style moins bling-bling que Salgado.

Antoine d’Agata

Puis, à la fin des années 1990, deuxième choc visuel lors d’une expo à Nantes. Antoine d’Agata avec Mala Noche (1998), son premier livre et son incroyable écriture photographique.

Ses images m’ouvrent la porte à un univers dont je n’aurais jamais eu accès. Je regarde son travail en me disant que je serais incapable de faire ce qu’il fait, par son implication corps et âme.

Pour aller plus loin : Vous pouvez lire mon article Victor d’Allant : Workshop avec Antoine d’Agata

Au fur et à mesure, je découvre les portraitistes qui m’étaient au départ un peu indifférents.

Richard Avedon

Voir question suivante.

Irving Penn

Alec Soth

Je m’intéresse aussi aux photographes contemporains, en particulier Alec Soth avec ses deux premiers livres Sleeping by the Mississippi (2004) et Niagara (2006).

Pour aller plus loin : Vous pouvez lire mon article Alec Soth raconte les rêveurs, les solitaires et autres décalés

Un livre photo sur lequel tu reviens souvent

In the American West (1985) de Richard Avedon.

J’aime la simplicité du dispositif utilisé.

Richard Avedon, sa grosse tignasse et son dispositif

Dans un portait, on n’a pas vraiment le choix du cadre. Une image fonctionne souvent grâce à de petits riens. Des petits riens très subjectifs. Pour moi, un portrait est bon lorsque le photographe disparaît dans l’image, laissant le modèle s’adresser directement au spectateur.

Je m’implique à fond dans chaque photo, en mettant une part de moi-même. Pourtant, la photo fonctionne seulement si elle contient une ouverture universelle, permettant à chacun de s’y connecter.

C’est ce côté un peu magique que je recherche dans mon travail. Dans In The American West, Avedon a mis la barre haut.

Partie III : Le processus créatif de Stéphane Lavoué

Qu’est-ce qui vient en premier chez toi : l’idée d’un projet ou bien des photos individuelles qui suggèrent un concept ?

Pour moi c’est l’idée d’un projet en premier. Elle prend la forme d’un territoire. Un territoire où j’ai envie de me balader, sans bien savoir ce que je vais y faire.

Quels éléments clés doivent être présents lorsque tu crées un projet photo ?

Je vois la photographie comme un véhicule pour m’amener dans des territoires où je n’irai pas autrement.

Quand je crée un projet photo, je recherche d’abord des territoires spécifiques. Ces lieux doivent contenir une dimension mythique, chargés de contes et de légendes.

Pour mes projets antérieurs :

  • The Kingdom : le Northeast Kingdom au nord-est du Vermont aux États-Unis. L’idée d’un royaume contenait suffisamment de charge poétique pour m’attirer.
  • Les Mois Noirs : le pays Bigouden. C’est là où je vis, au sud-ouest du Finistère. C’est aussi le lieu d’où est originaire ma compagne. Sa grand-mère nous racontait des histoires héroïques de marins, des épopées joyeuses pleines de morts en mer ou au bistrot.
  • Les Enchanteurs : les Monts d’Arrée. C’est le territoire des légendes bretonnes, notamment avec le personnage de l’Ankou qui y aurait ses quartiers.

Ensuite, la forme est essentielle dans mon travail, elle m’aide à fictionner le réel. Jusqu’à présent, à partir d’un territoire existant, j’essayais de créer ma propre légende, à travers une photographie picturale.

Comment considères-tu la création d’un projet qui fait sens par rapport à la réalisation d’une grande photo individuelle ?

Une grande photo c’est quelque chose qui arrive malgré soi. C’est compliqué d’avoir l’ambition de faire une grande photo individuelle.

Dans ma pratique photographique, le projet photo est mon terrain d’expression. Je fais très peu de photos en dehors. Ces projets génèrent un corpus d’images, et de ce corpus émergent des photos plus fortes que d’autres.

Dans le cadre d’une commande, une photo forte peut émerger, déconnectée de tout projet. J’ai eu l’occasion de réaliser un portrait de Vladimir Poutine devenu très marquant dans ma carrière.

Une photo qui a fait le tour du monde.

Stéphane Lavoué - Vladimir Poutine, Paris - Mai 2008
Stéphane Lavoué – Vladimir Poutine, Paris, mai 2008

Écoutez Stéphane raconter sa rencontre avec Poutine en mai 2008 (2 min 10)

Cette vidéo est extraite de la série documentaire Pause photographique réalisée par Arte en 2015. Stéphane Lavoué raconte 11 séances de portraits, décrivant minute par minute, parfois seconde par seconde, les étapes de sa prise de vue. (voir ici les 11 séances)

Quelle relation entretiens-tu avec le concept de beauté en photographie ?

Je considère la photo comme un médium avant tout plastique qui doit transmettre de la beauté. J’ai besoin que la photo soit belle, je ne transige pas sur ce critère, j’élimine les maillons faibles.

À ce titre, je ne suis pas très sensible à l’évolution d’Alec Soth qui tient un discours de plus en plus prononcé sur la non-iconique photographie, une photo du quotidien, plus faible.

Peut-être parce que je reste fasciné par les photos coups de poing de Salgado, celles de la mine de Serra Pelada dont je parlais tout à l’heure. Ou peut-être que cela vient de mon background issu du reportage et du photojournalisme des années 1980 et 1990, où l’objectif était de montrer le monde avec son propre regard.

As-tu ce que l’on appelle un « style photographique » ?

The Kingdom a été un travail fondateur pour moi. J’ai trouvé ma manière de raconter des histoires, à travers une écriture personnelle et une manière d’associer les images. Je ne savais pas du tout que j’allais en arriver là, c’était une surprise, j’ai tâtonné pendant plusieurs voyages. Et une fois cette forme trouvée, j’ai creusé le sillon dans Les Mois Noirs, Les enchanteurs, et Gant(t).

Jusqu’à ce qu’une forme de lassitude s’installe, déclenchant une prise de conscience, et me dire que j’étais arrivé au bout d’une manière de raconter des histoires.

Mon projet Allons, enfants! marque ainsi une rupture. J’ai réalisé que je devais changer de matériel pour me déséquilibrer, perdre mes repères, et trouver une autre manière de photographier, de raconter des histoires.

Je suis passé d’un petit Leica M au moyen format numérique. Sur les conseils du photographe Frédéric Stucin, j’ai opté pour un Hasselblad. L’appareil fournit des fichiers exceptionnels mais c’est la seule chose qu’il sait faire. Il ne sait pas faire la mise au point, il n’a pas de viseur, c’est compliqué de cadrer, l’ergonomie n’est pas formidable.

Pendant de longs mois, j’ai essayé de faire ce que je faisais avec mon Leica. Et ça ne fonctionnait pas du tout, j’allais dans le mur. J’ai même voulu le revendre à plusieurs reprises.

Un jour, j’en ai vraiment marre, je suis sur le point de le vendre. Je suis dans un magasin en train de finaliser la transaction. Le type vérifie le boîtier et remarque un petit éclat quasi invisible sur le capteur. Je vais pas pouvoir le garantir 6 mois, il me dit, je vais devoir annuler.

Je repars dépité du magasin avec mon appareil sous le bras et décide de sortir de ma zone de confort, de faire ce que j’avais toujours refusé de faire, mettre l’appareil sur pied.

Et là, quelque chose change, j’entrevois une nouvelle voie. Et me voilà embarqué sur un nouveau chemin photographique, m’obligeant à construire les images de manière plus réfléchie et à moins papillonner. À ma grande surprise, le fait de poser mon appareil m’apaise et m’ouvre de nouveaux horizons.

Je ne sais pas si j’ai un style photographique. En tout cas, j’ai une approche qui me plaît et que j’essaie de développer dans mon travail. Et surtout que j’essaie de faire évoluer.

Comment définirais-tu ton approche sur un continuum qui irait de complètement intuitif à intellectuellement formulé ?

D’abord, j’ai besoin d’un cadre, comme je le disais, des lieux chargés d’histoires, réelles ou fictionnelles. Une fois le cadre du projet établi, je peux m’immerger de manière complètement intuitive.

Comment définirais-tu ta photographie sur un continuum qui irait de document scientifique à poésie abstraite ?

Je mettrais le curseur au milieu.

J’ai besoin que ma photographie soit liée à un projet, à une histoire. Mais chaque image individuelle doit être capable de représenter le réel tout en embarquant les gens ailleurs, dans l’espace ou dans le temps. Je travaille sur cet « ailleurs dans le temps » en éliminant les marqueurs temporels de mes images, pour signifier une certaine intemporalité.

Un exemple, il y a peu de voitures dans mes images.

C’est un levier de fiction important qui me permet d’embarquer les gens vers un ailleurs.

En supposant que tu photographies aujourd’hui avec ce que tu considères comme ta voix naturelle, as-tu déjà souhaité que ta voix soit différente ?

Tout le temps.

Sur le fond d’abord. À chaque fois que je démarre un nouveau projet, je me dis, les portraits, c’est fini. Trouve un autre moyen de raconter des histoires. Mais très vite, je replonge dans ce que j’aime faire. Cette relation face à face, cette connexion avec les gens, ça me plaît énormément.

Sur la forme ensuite. Mes premiers projets m’ont permis de développer une forme qui m’est propre. Jusqu’à avoir l’impression d’en avoir fait le tour. Cela a nécessité une rupture qui est passée par la mise à plat de mon dispositif technique photographique, puis sa reconstruction, pas évidente.

Que fais-tu lorsque tu doutes ou tu te sens bloqué sur le plan créatif ?

Le doute est un mal nécessaire. Dans tous mes projets, j’ai douté.

Lorsque ça arrive, j’ai besoin d’être rassuré, j’en parle autour de moi, à d’autres photographes dont j’estime le travail, des compagnons de route. Aussi je montre mes images. C’est à double tranchant mais il faut accepter de s’y confronter.

Surtout je prends mes doutes, je les mets sous le bras et je continue à avancer, coûte que coûte. Le doute m’indique le bon chemin, en quelque sorte. Quand je démarre un projet, je ne sais pas où cela va me mener. Mais je ne le saurai qu’en arrivant au bout. Donc, je continue malgré les doutes.

Démarrer un projet, c’est comme être en haut d’une piste de ski. L’absence de doute serait comme une descente en ligne droite, rapide mais superficielle, sans véritable exploration des recoins de la piste.

Le doute, comme les obstacles sur la piste, me contraignent à me déporter, à dévier de ma trajectoire, à explorer des coins que je n’aurais pas instinctivement empruntés, à m’éloigner de ma zone de confort.

À la différence près qu’un projet photo, tu ne sais pas où se trouvent les obstacles ni l’arrivée.

Comment sais-tu qu’un projet photo est terminé ?

Prendre des photos me met souvent dans des situations pas très confortables. Y retourner sans cesse demande une énergie qu’il faut puiser quelque part. Alors je me dis :

“Est-ce que le projet est fini parce que je n’ai plus cette énergie-là ou bien véritablement j’ai un corpus qui fait sens ?”

C’est un peu différent pour mon dernier projet, Allons enfants !. Je pensais que j’étais arrivé au bout mais lorsque j’ai exposé ce travail pour la première fois (à Vichy dans le cadre de Portrait(s)), je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas. J’ai réalisé que j’avais besoin de plus d’images pour faire un livre. Et aussi j’ai toujours envie d’y retourner.

Pour Les Enchanteurs sur les monts d’Arrée, j’y ai passé tout l’hiver précédent le covid fin 2019/début 2020. J’ai choisi cette saison car c’est le moment où le territoire se referme sur lui-même, englouti par les nuages et la pluie.

Après y avoir passé tout l’hiver, le covid a marqué un coup d’arrêt, j’y suis retourné après le premier confinement au printemps 2020. Le territoire avait changé, tout avait repoussé, c’était vert avec du ciel bleu, les gens sortaient de chez eux. Le territoire, tel que je l’avais vécu, avait disparu. Et par là même l’envie de le photographier. C’était le signe que c’était la fin du projet.

D’autres fois encore, il y a des signes extérieurs qui montrent que le projet se termine. Des gens autour de moi initient l’idée de faire un livre, c’est une manière de mettre un clap de fin. C’est un peu comme un film, on peut continuer à faire indéfiniment des prises de vue, mais la réalité c’est que le film se fait au montage.

Conclusion

Merci de m’avoir lu. Si l’article vous a plu, faites du bien autour de vous, partagez-le.

Que pensez-vous de ce nouveau format ?

Dites-le moi en commentaire.

Si l’enthousiasme est palpable, ça pourrait être le début d’une longue série.

Pour aller plus loin

Voici quelques liens supplémentaires sur Stéphane Lavoué :

  • Le photographe raconte plusieurs photos de son projet Les Enchanteurs dans l’émission d’Arte Hypernuit (16 min).
  • Suivre son Instagram en cliquant sur sa tête.

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54 réponses sur « Dans la tête de Stéphane Lavoué »

Bonjour Antoine,

J’aime beaucoup ce nouveau type d’article, de qualité, comme d’habitude. Comme en plus j’apprécie Stéphane Lavoué…
Et j’ai appris des choses, comme toujours, merci.

Comme Gabrielle Duplantier, je possède un de ses livres, Gant(t)

J’adore ce photographe, et je découvre dans ton entretien qu’il aime Antoine d’Agata (mon idole pour son engagement).

Top de pouvoir rencontrer ces photographes, bravo.

Je ne connaissais pas Stéphane Lavoué. C’est intéressant de connaître son processus créatif, et de voir ses influences directement en images.
Cette forme d’entretien est vraiment une bonne idée.

Je connaissais certaines photos de Stéphane Lavoué sans savoir qui se cachait derrière l’appareil. Maintenant j’en sais plus, grâce à Antoine, le meilleur chroniqueur de la photo contemporaine. Qui plus est, dans un nouveau format qui arrache !

Il est intéressant de noter que Stéphane Lavoué, qui manie la couleur avec brio, a comme repères photographiques des photographes qui s’expriment plutôt en noir et blanc : Sebastião Salgado, Raymond Depardon, Antoine d’Agata, Irving Penn, Richard Avedon, … Mettons de côté Alec Soth, dont l’évolution dans le ringard et la banalité est déprimante, par ailleurs.

Notons aussi que les classiques de la photographie française, surtout dans son excellente école du photo-journalisme et de la photo humaniste, sont oublié.e.s : Henri Cartier-Bresson bien sûr, mais aussi Marc Riboud, Edouard Boubat, Robert Doisneau, Sabine Weiss, Janine Niepce, Willy Ronis, … C’est ainsi.

J’ai particulièrement apprécié les commentaires de Stéphane Lavoué sur la difficulté de changer de matériel. Nous photographes aimons dire aux jeunes débutant.e.s que ce n’est pas l’appareil qui compte, mais la vision : « Après tout, le smartphone que vous avez dans la poche devrait vous suffire pour vous exprimer ». C’est vrai en théorie, jusqu’au moment ou on essaye de troquer son Leica pour un Hasselblad, et là c’est la fin du monde. On perd tous ses repères. C’est hyper déstabilisant.

Mary Ellen Mark est une des rares photographes a avoir très bien réussi ce genre de transition. Elle est passée avec brio du Leica M4 au Hasselblad au format carré 6×6, puis à la chambre 4”x5” et au Polaroid gigantesque 20”x24”, à chaque fois en réinventant sa façon de voir le monde. La classe !

Beaucoup de choses donc à retenir de ce très bel essai, et surtout cette phrase : “Une grande photo c’est quelque chose qui arrive malgré soi”.

Merci Victor pour ton commentaire toujours plein de justesse. Et merci pour le compliment dans ton introduction, je rougis derrière mon écran.

Merci Antoine pour cette interview. Quel plaisir de voir que ce nouveau format s’ouvrait sur le photographe Stéphane Lavoué!

Votre échange dense est empreint d’élégance et de finesse.

Cette manière de fonctionner par projet/concept me parle beaucoup. Le choix des questions nous permet d’entrer plus en profondeur dans son travail.

Merci à vous deux. Super format, à refaire.

Échange passionnant et passionné même dans les commentaires.

Merci beaucoup pour ce contenu de qualité, j’ai été captivée par les propos de Stéphane Lavoué dont j’avais vu le travail aux Champs Libres à Rennes, l’année dernière.

C’est hyper intéressant de voir comment il travaille, quel regard il porte sur son travail… Et merci d’avoir enrichi l’interview de liens, je vais aller regarder tout ça.

Je découvre à la fois ton site et le photographe, je suis doublement ravi.

Déjà, bravo pour le travail qui est de très bonne qualité. Ce format d’interview est très bien, vivant avec les renvois vers des vidéos, les liens, etc, et avec des questions intelligentes.

Ensuite, Stéphane Lavoué, je ne connaissais que de nom. Puis j’ai vu ses photos: “Ha oui c’est lui qui fait ça!”.

La présentation de son travail et ses réponses m’ont beaucoup plu.

Merci à tous les deux.

Content que ce nouveau format te plaise. Bon, tout est nouveau pour toi si je comprends bien, alors bienvenue ici ! Et merci pour ton petit mot.

Merci de m’avoir fait découvrir ce photographe, je vais suivre de ce pas, et probablement aller faire un tour en librairie me procurer ses livres.

Le format de l’interview est très cool et agréable à suivre.

Merci pour ton taf.

Merci Antoine pour ton travail toujours plus riche et utile. Quelle chance de pouvoir se glisser dans les inspirations et le processus créatif d’un si grand photographe. Avec plaisir je lirai les autres.

Merci, merci, merci !

J’ai suivi tous les liens et d’autres par ricochets, j’ai les yeux explosés mais une banane d’enfer. J’ai vraiment adoré cet article, c’est riche, vivant et inspirant.

Comme beaucoup d’autres… Vivement la suite !

Et oui, Antoine. Camille a des livres qui se baladent à travers le monde, moi j’en ai à San Francisco et d’autres à Paris. Ne nous dis pas que tous tes livres sont au même endroit ?!

Je suis à l’écoute des besoins de mes livres.

Mes livres se sentent bien en France.

Comme toujours je suis vraiment impressionné par la qualité du travail que tu fournis pour chaque article.

On sent que tu essayes de transmettre de manière à la fois approfondie et didactique l’œuvre des artistes que tu mets en lumière.

Personnellement, je ne connaissais Stéphane Lavoué que de nom et je trouve ça super d’avoir pu le découvrir en profondeur grâce à ton portrait. Je suis assez admiratif de son oeuvre et je trouve ça bien que tu mettes en lumière des photographes contemporains qui font vivre le médium.

J’ai également trouvé ce nouveau format très intéressant notamment les questions concernant le style et le processus créatif. Je pense que ça peut beaucoup nous apporter dans notre pratique au quotidien.

J’attends avec impatience les prochains.

Je n’ai pas encore eu le temps de lire cette chronique, mais étant donné la puissance de tes écrits et l’importance de tes analyses, n’as tu jamais pensé à les regrouper dans un bouquin? Si oui, j’en veux un exemplaire. En tout cas merci.

Tu n’es pas le première à m’en parler. Va falloir que j’y songe sérieusement.

Merci Éric.

Magnifique article, Antoine. Passionnant, comme toujours.

J’aime beaucoup ce nouveau format, même si, il faut bien l’avouer, tu nous invitais déjà dans la tête des photographes de ton choix bien avant cela. Continue. On se réjouit du prochain.

C’est Kae Tempest et pas Kate, by the way 😉

J’ai corrigé, Kae et non Kate, merci.

Oui, tu as raison, je creuse encore le même sillon, celui du processus de création des photographes.

Le changement ici est l’interview formatée avec ces 18 questions que je poserai à chaque photographe.

Merci Francine.

Bravo et merci Antoine pour ce retour remarquable avec la rédaction de cet article !

Stéphane Lavoué a un style assez marqué, trop peut-être pour certains, type pictorialiste mais mon penchant pour la peinture ne peut me faire qu’apprécier son travail, d’autant que son fonctionnement par projet est très intéressant.

Tu n’abordes pas le sujet, mais j’avais lu que le moment avec Poutine a été un point de bascule dans sa carrière. La séance a frôlé la catastrophe et depuis ce jour il s’est mis à travailler en lumière artificielle.

Ce travail en lumière artificielle fait au fond maintenant toute sa patte artistique, et franchement c’est inspirant car il modèle vraiment bien la lumière pour faire dire des choses à ses images. En somme, c’est un portraitiste qui sait ce qu’il veut. Ça me fascine honnêtement.

En tout cas, cet article permet de le découvrir et/ou approfondir son savoir sur ce photographe. Surtout il permet de rentrer en plein dans le « processus projet » avec son point de vue et son expérience. Donc merci à nouveau 😉

Un mot pour finir, vivement le prochain article !

Hehe oui, effectivement j’ai pu voir le renvoi vers la vidéo, mais justement il ne dit pas explicitement que c’est un point de bascule dans sa manière de procéder.

J’ai lu ça ici.

Évidemment ce n’est pas un reproche, c’était pour agrémenter le contenu déjà très généreux de ton article.

Ah oui en effet. C’est une bonne ressource complémentaire. Merci Tony !

Merci pour cet article. J’y ai découvert un photographe et son univers. C’est précieux. Hâte de découvrir de nouveaux portraits.

J’aimais beaucoup le travail de Stéphane Lavoué à ses débuts avec sa série Kingdom.

Mais ensuite il a commencé à photoshoper de plus en plus, le pire, sa série Les Enchanteurs qui n’a pas grand chose à voir avec la réalité du lieu – même si les photos sont très belles.

Il a succombé au « filtre marron, chocolat » fonçant de plus en plus ses photos. Sa série sur la Comédie de Paris en est aussi un bel exemple. Ce qui est dramatique, c’est que l’on voit de plus en plus de photographes qui le font, pour trouver un pseudo style et essayer de se démarquer. Y compris sur des photos de guerres, comme en Ukraine. Dramatique !

L’esthétique à tout prix ne fonctionne qu’un temps, car les gens se lassent vite. Et il ferait bien de faire preuve de plus de sobriété, comme les photographes qui l’inspirent.

Résumer le travail de Stéphane Lavoué à un filtre marron chocolat ou simplement à l’esthétique de ses images est très réducteur et révèle d’une méconnaissance de la photographie et du travail des photographes.

Selon moi, l’évolution artistique d’un photographe est davantage liée à son identité, à des choix plus ou moins conscients, plutôt que de réelles stratégies.

Et 2 précisions :

1. Stéphane Lavoué utilise lightroom et non photoshop pour son post-traitement.

2. “Sa série Les Enchanteurs n’a pas grand chose à voir avec la réalité du lieu”. Qu’est-ce que la réalité d’un lieu? Pensez-vous qu’un lieu n’a qu’une réalité? Croyez-vous que la photographie a pour unique but de retranscrire le réel?

Merci Thierry pour votre point de vue. Chacun a ses préférences, et il est important que l’art continue d’inspirer des conversations et des débats.

Bonjour Antoine,

C’est juste qu’habituellement j’adhère autant à votre point de vue qu’au choix des photographes.

Mais dire que j’ai une méconnaissance de la photographie alors que j’étais professionnel pendant près de 40 ans pour une quarantaine de labos de recherches, entre autres, où techniquement il faut être très pointu, est un peu dur à entendre.

Et dire que je n’y connais rien en photographie, vous y allez un peu fort. Lightroom, Photoshop, peu importe, pour moi le post traitement est trop marqué, c’est tout.

On a l’impression que certaines de ses photos ont été générées par I.A. même si ça n’est pas le cas.

Bien cordialement, Thierry.

Bonjour Thierry,

Je comprends votre point de vue.

Je ne dis pas que vous ne connaissez rien en photographie, je pense que la photographie est multiple, certains la préfèrent classique comme vous, c’est-à-dire proche du réel.

D’autres photographes s’en éloignent. Les possibilités sont multiples, seulement barrées par l’imagination.

Stéphane Lavoué creuse son propre sillon, celui du pictorialisme, si on peut le dire ainsi.

Concernant les IA, ce n’est que le début. Demain, il sera impossible de différencier une photo créée par une IA de celle prise dans le monde réel.

Il est vrai que les photos de Stéphane Lavoué sont assez travaillées en post production, mais tout est une question de degré : pour certains c’est trop, pour d’autres c’est juste ce qu’il faut, et pour d’autres encore il pourrait en faire plus.

J’ai beaucoup apprécié votre travail sur Auschwitz-Birkenau, sur le Bunker, sur Noël, … mais (ou plutôt : et) j’y ai remarqué que pour chaque série vous avez apporté une couleur d’ambiance qui respecte bien le lieu.

Vos modifications sont sans aucun doute plus légères que ce que fait Stéphane Lavoué, mais ça ne veut pas dire qu’il a tort d’aller un peu plus loin.

C’est peut-être tout simplement une question de génération. Certains ont grandi avec le Kodachrome et à part pousser un peu dans la sous exposition pour avoir des bleus profonds dans les scènes de plage, on ne pouvait pas faire beaucoup de manipulations. Il était facile d’être puriste à cette époque, puisqu’on n’avait pas le choix. Maintenant, avec le numérique, tout est possible, le meilleur comme le pire…

Je vous propose un petit exercice : reprenez une de vos séries et passez les photos à la moulinette de Lightroom en exagérant un peu, en allant plus loin que votre zone de confort. Laissez décanter pendant une quinzaine de jours et ouvrez vos fichiers. C’est devenu autre chose, c’est plus fort, plus extrême, mais peut–être mieux ? Ou peut-être pas. A vous de décider.

Full disclosure: je suis de la génération Kodachrome et je n’utilise pas Lightroom. Mais je suis content que d’autres photographes le font, car ils m’aident à voir le monde d’une façon plus intense.

Bonjour Thierry,

Je trouve vos remarques très intéressantes car elles sont génératrices de réflexions et de débat.

À propos de la post prod, elle est pour moi l’équivalent du choix du film en argentique. Rien de plus. Les photographes dont vous louez la sobriété (et moi le talent) utilisaient pour la plupart le noir et blanc qui est, je le pense, un choix formel bien plus radical et interprétatif du réel que ce que je peux faire.

Imaginez, supprimer les couleurs!

Appliquée à la photo de guerre, pour reprendre votre exemple, la dramatisation du noir et blanc n’a rien à envier à certains rendus numériques du moment.

Tout ça pour vous dire que nous sommes le produit d’une époque et que seul le temps sera juge de nos images. En attendant, prenons du plaisir à photographier.

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