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La ballade de Nan Goldin : de l’intime à l’universel

Pourquoi les portraits intimes de Nan Goldin ne seront jamais démodés ? Au-delà de la fête, la violence, la drogue, le sexe, son oeuvre, et en particulier la Ballade de la dépendance sexuelle, parle de la condition humaine.

Introduction

De 2013 à 2019, j’ai vécu dans ce petit studio du XXème arrondissement de Paris.

L’unique photo de type airbnb que j’ai retrouvée

L’appartement, tout en longueur, était agencé de telle sorte que la fenêtre en était l’élément central. Celle-ci était vraiment belle avec ses petits carreaux et sa structure en bois. La vue qu’elle offrait du jardin des Couronnes compensait largement sa capacité d’isolation un peu faiblarde.

Au fil du temps, la fenêtre a été investie par les fumeurs : amis, rencontres fortuites, petites-amies, compagne.

Mécaniquement, la scène suivante s’est reproduite à de multiples reprises. Moi, à peu près au niveau du canapé. Et, devant cette grande fenêtre, une jolie fille, une cigarette à la main.

J’ai souvent eu en tête de prendre une photo, un peu comme celle-ci, d’un autre modèle bien sûr :

Autoportrait devant la fenêtre (pris en 2016 avec un Canon 500D, traitement d’époque)

Pourtant, je crois n’avoir jamais déclenché. Je suis obsédé par toutes ces photos que je n’ai pas prises. Pour m’apaiser, je me dis parfois que ce n’était qu’une posture, que ça ne me tenait pas assez à coeur.

Aujourd’hui, il n’en reste que de beaux souvenirs : de belles nuits d’été, des rires, une fille qui s’épanche.

Nan Goldin a pris toutes ces photos, et bien d’autres encore.

Elle est l’objet de cet article, entre récit épique et analyse pratique.

De l’autodestruction à la création

Tout commence au début de l’année 1965, dans un quartier calme et ordonné de Washington, tout près de Capitol Hill. On est chez les Goldin, tout souriants sur ce vieux polaroïd.

© Nan Goldin – La famille Goldin – 1965

Je vous présente rapidement la petite famille. Un père professeur d’université et une mère au foyer qui élève leurs quatre enfants. Les aînés sont à leurs côtés au premier plan, Stephen et Barbara avec le chignon so sixties. Derrière, se trouvent John et Nan, la cadette de 11 ans, avec le serre-tête blanc. C’est la grande soeur Barbara qui nous intéresse pour l’instant. Une jeune femme de 18 ans, belle, intelligente, et très proche de sa petite soeur. Lorsqu’elle doit garder Nan, elle aime lui jouer de la musique classique au piano, la Sonate au clair de lune de Beethoven l’émeut à chaque fois.

Le premier jour du reste de sa vie

Mais les sourires cachent parfois une réalité plus sombre. Depuis le début de son adolescence, Barbara est entrée ouvertement en rébellion. Derrière les volets clos, des disputes, des cris, des objets brisés. Les parents lui reprochent ses mauvaises fréquentations, sa façon de parler – devenue crue et criarde – et ses propos incohérents – elle déclare vouloir se prostituer. Elle semble aussi enragée que perdue. Sur ses poignets apparaissent des blessures, qu’elle s’inflige à elle-même.

Désemparés, les parents l’envoient régulièrement dans des hôpitaux psychiatriques. Aux médecins, elle confie qu’elle souhaite faire quelque chose de sa vie, qu’elle pourrait, peut-être, apprendre à s’entendre avec ses parents.

Le 12 avril 1965, alors internée, Barbara obtient une permission de sortie pour chercher un emploi et récupérer quelques vêtements chez elle. Elle passe la journée à errer dans la ville. Peu avant 17h30, elle pose son sac sur une voie ferrée, s’allonge sur les rails tandis que le train “Capitol Limited” approche.

Barbara ne laisse aucune lettre expliquant son suicide. Trouvés dans son sac, ces mots de l’écrivain polonais Joseph Conrad :

« C’est une drôle de chose que la vie – ce mystérieux arrangement d’une logique sans merci pour un dessein futile. Le plus qu’on puisse en espérer, c’est quelque connaissance de soi-même – qui arrive trop tard – une moisson de regrets inextinguibles. »

Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad (1899) repris par Nan Goldin dans son livre Soeurs, Saintes et Sibylles (2005)

On devient fou ici

C’est comme si la vie s’arrêtait pour toute la famille. Plutôt que la vérité, la mère choisit le déni lorsque les policiers annoncent la nouvelle :

« Dites aux enfants que c’était un accident. »

Propos rapporté par Nan Goldin dans son livre Soeurs, Saintes et Sibylles (2005)

Sensible et traumatisée, Nan Goldin se rend immédiatement compte de ce qui est arrivé. Une rupture se crée brutalement avec les parents. Petit à petit, Nan semble reproduire le parcours de sa soeur qu’elle considérait comme son modèle. Elle étouffe, se replie sur elle-même, devient ingérable.

© Nan Goldin – Nan Goldin dans la maison de ses parents – 1965

Suite à l’expulsion de plusieurs internats et de multiples désaccords avec ses parents, Nan Goldin quitte la maison en 1968. Elle a 14 ans.

Elle s’inscrit à la Satya School, une école alternative de Lincoln, à une vingtaine de kilomètres de Boston. C’est une école expérimentale, les élèves et les profs choisissent ensemble le contenu des cours et la façon dont ils sont enseignés.

© Nan Goldin – Nan et Wolfer – Satya Community School – Juillet 1969

C’est dans cette école qu’elle découvre la photographie, après que la société Polaroid a envoyé une cargaison d’appareils et de films. Elle en devient très vite obsédée et passe ses journées à photographier ses copains.

Pour tout vous dire, ici, les cours sont plus que facultatifs. Du coup, elle va au cinéma tous les jours. Elle découvre les premiers Warhol et les Fellini, Antonioni et son film Blow-Up, dont la sexualité et le glamour exercent sur elle un impact considérable. Ses références deviennent Vogue et les magazines underground comme The East Village Other.

Elle commence à fréquenter des hommes beaucoup plus âgés. Le sexe devient frénétique. Dans sa chambre sans cesse, l’odeur des joints, le bruit des glaçons et le son du Velvet.

C’est aussi dans cette école qu’elle rencontre deux compagnons de route, Suzanne Fletcher et le futur photographe David Armstrong, avec qui elle entretiendra une amitié pendant 40 ans.

© Allen Frame – David Armstrong à 19 ans – 1973

Ce dernier commence à se travestir et à fréquenter les bars et les clubs gays de Boston. Il y entraîne Nan Goldin et ils plongent ensemble en plein dans le monde de la nuit et celui des drag-queens.

© Allen Frame – Nan Goldin à 20 ans – Boston – 1973

Photos sous influences

En 1973, Goldin a 20 ans et présente déjà ses premières images dans le cadre d’une expo perso.

Voyons voir ça.

Ce sont des portraits de ses colocs et de ses amis drag-queens, en noir et blanc et à la lumière naturelle.

© Nan Goldin – Fête de Noël à The Other Side – Boston – 1972

L’influence des magazines de mode

Les photos s’inspirent clairement du glamour des magazines de mode. Goldin le concède volontiers :

« J’aurais aimé pouvoir mettre les drag-queens en couverture de Vogue, car tout ce que je connaissais sur la photographie venait des magazines de mode. »

Interview de Nan Goldin par Sean O’Hagan – The Guardian – 23 mars 2014

Pour comparer, voici une image typique du Vogue des années 70 :

© Guy Bourdin pour Vogue

Contrairement aux images de mode, celles de Goldin sont pleines d’intimité et de vérité. La photographe semble, inconsciemment ou non, se détacher du côté prétentieux et illusoire de la mode.

© Nan Goldin – Colocataire sur sa chaise – Boston – 1972
© Nan Goldin – Colocataire avec une tasse de thé – Boston – 1973
© Nan Goldin – David Armstrong à Grove Street – Boston – 1972

Le contenu plutôt que la technique

Lorsqu’elle quitte l’école alternative de Satya, elle suit brièvement des cours du soir pour apprendre la technique de studio utilisée dans la mode :

« Je voulais essentiellement apprendre à me servir d’un gros appareil photo. Mais j’ai immédiatement abandonné ce cours, car en technique, je suis attardée. »

Interview de Nan Goldin par Sean O’Hagan – The Guardian – 23 mars 2014

En 1974, elle s’inscrit à l’École du Musée des beaux-arts de Boston. Elle y apprend les bases de la photographie et un peu de technique.

Du coup, les professeurs l’encouragent à refaire le travail avec les drag-queens, mais en mieux techniquement. Sauf qu’elle ne partage plus leur quotidien et les photos qu’elle prend ne fonctionnent plus du tout. Elle dira de cette école :

« Vous faisiez des images parfaites et des tirages parfaits, mais qui n’avaient absolument aucun contenu. » 

Interview de Nan Goldin par Stephen Westfall – Bomb Magazine – 1er octobre 1991

Au moins, l’école lui permet d’apprendre à se servir d’un objectif grand angle et du flash. En une année, sa marque et son style prennent forme. Sa photographie passe du noir et blanc à la couleur.

Associé aux lumières d’ambiance, le flash permet une approche instantanée, parfois dure.

© Nan Goldin – Greer & Robert – New York – 1982

Nan Goldin, Larry Clark, Diane Arbus : une vision différente des marginaux

Pendant ces années, Goldin suit d’autres cours mais l’enseignement technique l’ennuie profondément. Après plusieurs échecs, elle tombe sur une école appelée Imageworks, et notamment l’atelier dispensé par le photographe Henry Horenstein.

© Kelly Davidson – Henry Horenstein

Dès le premier cours, Horenstein commence par une anecdote. Quand il était étudiant, il se demandait ce qu’il devait photographier. Son prof, le légendaire Harry Callahan lui a demandé ce qu’il aimait faire et Horenstein a répondu :

« J’aime aller à l’hippodrome parier sur les chevaux, et j’aime écouter de la musique country. » 

Callahan lui offre ce judicieux conseil :

« Pourquoi ne pas photographier les courses et la musique ? Même si vous faites de mauvaises photos, vous passerez un bon moment. » 

Toute sa vie, il ne photographiera que ce qu’il aime.🤘🏻

© Henry Horenstein – Clairborne Farms, Kentucky – 1989

Nan Goldin est tout de suite réceptive au discours d’Horenstein. La première fois qu’il jette un coup d’oeil à ses photos, il lui demande : « Connaissez-vous le travail de Larry Clark ? – Non, répond franchement Goldin. » 

Nan Goldin vs Larry Clark

Il lui montre le livre Tulsa publié en 1971, dans lequel on suit une bande de jeunes de la ville natale du photographe – Tulsa donc – dans l’Oklahoma. Pour le projet, Clark est revenu à trois reprises sur les lieux de son enfance, en 1963, 1968 et 1971. Il documente une certaine jeunesse américaine à travers des moments d’ennui, mais aussi des armes brandies, des scènes de shoot crues, la mort qui rôde.

© Larry Clark – Tulsa – 1971
© Larry Clark – Tulsa – 1971
© Larry Clark – Tulsa – 1971
© Larry Clark – Blessure par balle accidentelle – Tulsa – 1971

C’est une claque pour Goldin :

« Ce livre a eu une grande influence sur moi parce que Larry Clark a photographié et publié sa propre vie. Et à l’époque, les gens ne faisaient pas ça. »

Nan Goldin’s Life in Progress – The New Yorker – 4 juillet 2016
Points communs
  • Les modèles sont des marginaux : des jeunes drogués chez Clark, des drag-queens chez Goldin.
  • La même authenticité, la même recherche de vérité. Tout comme elle, Clark vit avec ceux qu’il photographie. C’est une sorte d’autobiographie. Tulsa commence d’ailleurs par cette phrase de Clark :

« Je suis né à Tulsa, Oklahoma, en 1943. J’ai commencé à me shooter aux amphétamines à 16 ans. Je me suis shooté tous les jours pendant trois ans, avec mes copains, puis j’ai laissé tomber, mais par la suite j’ai remis ça, des années durant. Une fois que l’aiguille est entrée elle ne ressort plus. »

Citation de Larry Clark dans son livre Tulsa
Différence

Dans le livre The Photobook : A History, les auteurs Gerry Badger et Martin Parr notent que la principale différence est le regard tendre que Goldin a sur ses sujets. Clark a une approche moins sentimentale, plus documentaire.

© Nan Goldin – Boston – 1973

Horenstein montre également à Goldin le travail de Brassaï, les portraits sociologiques d’August Sander, les virées nocturnes de Weegee et les freaks de Diane Arbus.

Nan Goldin vs Diane Arbus

Les images de cette dernière la touchent fortement.

© Diane Arbus – New York – 1966
Points communs

Toutes les deux photographient les drag-queens au flash, de manière très frontale :

© Nan Goldin – Jimmy Paulette et Taboo dans la salle de bain – New-York – 1991
Différences

Cependant, le travail d’Arbus dérange Goldin :

« J’adore le travail d’Arbus, mais pas celui avec les travestis. »

Elle développe :

« Je pense que le travail d’Arbus est entièrement sur elle-même. Son génie consiste à vouloir s’effacer et devenir chaque personne qu’elle photographie. Là, elle essaie vraiment d’être dans leur peau. C’est le travail de quelqu’un avec une empathie qui frôle la psychose. »

Interview de Nan Goldin par Stephen Westfall – Bomb Magazine – 1er octobre 1991

Goldin a l’impression qu’Arbus cherche à « révéler » les drag-queens selon ses propres idées préconçues, comme si elle les exploitait.

© Diane Arbus – New York – 1967

À ce titre, l’anecdote suivante est éloquente. L’écrivaine Germaine Greer raconte une séance, dans sa chambre d’hôtel où Arbus s’était invitée :

« Brusquement, Diane Arbus s’est agenouillée sur le lit en plaçant son objectif juste au-dessus de mon visage et a commencé à prendre en gros plan mes pores et mes rides ! Elle me posait des questions très personnelles et là, j’ai compris qu’elle ne déclenchait que lorsqu’elle voyait sur mon visage des signes de tension, d’inquiétude ou d’agacement. »

Article de Lense sur Diane Arbus en 2012

Elle a dû se faire une belle collection de photos « dossier » :

© Diane Arbus – Germaine Greer à l’hôtel – New York – 1971

Goldin semble davantage vouloir mettre en valeur ses sujets, ou tout du moins les représenter sous un jour respectueux et honnête :

« Mon désir est de présenter les drag-queens comme un troisième sexe, comme une autre option sexuelle, une option de genre. Et de leur montrer beaucoup de respect et d’amour, de les glorifier en quelque sorte parce que j’admire vraiment les gens qui se recréent et qui manifestent publiquement leurs fantasmes. »

Interview de Nan Goldin par Stephen Westfall – Bomb Magazine – 1er octobre 1991
© Nan Goldin – New-York – 1991

Goldin a publié ses portraits de drag-queens dans le livre The Other Side (chez Steidl).

La fête, l’amour et la violence

Cookie Mueller

À l’été 1976, Goldin loue une maison avec David Armstrong et son amant à Provincetown. C’est une petite station balnéaire qui fait figure de sanctuaire pour les marginaux, les artistes et les indésirables.

C’est drôle, cet été-là, Joel Meyerowitz photographie au même endroit pour son futur livre Cape Light. Pour ceux qui veulent en savoir plus, j’ai écrit un article sur lui : Comment la street photography a révélé Joel Meyerowitz.

Joel Meyerowitz : station service
© Joel Meyerowitz – Cumberland farms, Provincetown, Massachusetts – 1976

Une nuit d’ivresse, Goldin croise une femme à l’allure folle, avec une crinière blonde et épaisse, entre une jeune Madonna et une Courtney Love. Elle s’appelle Cookie Mueller et va devenir un personnage important de sa vie.

© Nan Goldin – Cookie Mueller, à l’âge de 28 ans, à côté de son fils Max – Provincetown – 1977

Comment la présenter ? C’est une sorte de starlette glamour et junkie. Elle rêve d’être écrivaine mais passe la plupart de son temps à tenter de joindre les deux bouts et d’élever son fils.

Sa vie barge est dans cet article de l’Officiel : La fille que Madonna a copiée et dans son recueil de textes autobiographiques : Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir.

London Calling

En 1977, Goldin sort de l’École du Musée des beaux-arts de Boston, une licence en arts plastiques en poche. L’année suivante, elle débarque à Londres en pleine vague punk au moment où les Sex Pistols sortent Anarchy In The UK et les Clash White Riot.

Les Clash pendant les concerts baptisés Rock Against Racism en avril 1978 à Londres

Elle loge dans des squats avec des skinheads (avant que la plupart d’entre eux ne débloquent et ne deviennent néonazis).

© Nan Goldin – Londres – 1978
© Nan Goldin – Londres – 1978
© Nan Goldin – Bagarre – Londres – 1978

New-York City

Après quelques mois à Londres, Goldin retourne aux États-Unis et s’installe à New-York. Elle emménage dans un loft rue Bowery, juste à côté de Lower East Side.

On est en 1978, avant le SIDA et la gentrification, le quartier est un repère de trafiquants, de strip-teaseuses, de musiciens et d’artistes, dont la consommation de drogues dures est inversement proportionnelle à leur espérance de vie.

À New-York, elle retrouve ses amis, Suzanne Fletcher, David Armstrong et Cookie Mueller. C’est une période d’excès, de défonce, de fêtes non-stop dans une atmosphère de sexualité libre.

© Nan Goldin – Twisting at my birthday party – New York – 1980

En vrai, ce n’est pas tout le temps comme ça, parfois ils passent juste leur soirée à jouer au monopoly.

© Nan Goldin – New York – 1980

Comme il est difficile d’acheter de l’héroïne avec des billets de monopoly, elle dégote un boulot de serveuse au Tin Pan Alley, un bar de Times Square.

© Nan Goldin – Nan and Julie au travail – Dans le bar Tin Pan Alley, New York – 1983

Brian

Un soir en 1980, Goldin y rencontre Brian, un ancien marin devenu employé de bureau. Une sorte de cowboy solitaire à la James Dean.

© Nan Goldin – Brian – New-York – 1981

Ils deviennent amants et très vite dépendants l’un de l’autre. Une relation toxique s’installe entre eux :

« Nous nous servions de la jalousie pour susciter la passion. »

Nan Goldin, préface de la Ballade de la Dépendance Sexuelle (1986)

Bien avant la fin, Goldin savait sans doute que ça finirait mal :

« Les choses entre nous ont commencé à dégénérer, mais ni l’un ni l’autre ne pouvait rompre. Notre désir se réanimait constamment tandis que notre insatisfaction devenait indéniable. Notre obsession sexuelle était l’une des dernières choses qui nous unissait. »

Nan Goldin, préface de la Ballade de la Dépendance Sexuelle (1986)
© Nan Goldin – La tête de Brian – Berlin – 1984

Un soir de 1984, Goldin et Brian sont à Berlin. Une dispute éclate entre eux. Brian, ivre de jalousie et en crise de manque, commence à lire les journaux intimes de sa compagne. Dans un accès de rage, il entreprend de les brûler. Des insultes et des coups pleuvent…

Le lendemain, les médecins, incrédules, disent qu’au moins une quinzaine de coups ont été portés sur le même oeil.

Un mois après avoir été battue, elle prend cet autoportrait :

© Nan Goldin – Nan, un mois après avoir été battue par Brian – New-York – 1984

Se dit-elle que cette scène de violence dépasse son histoire personnelle ? Se dit-elle qu’elle clôt un chapitre de sa vie ?

Cette photo devient, deux ans plus tard, en 1976, le point d’orgue de son oeuvre la plus marquante : La Ballade de la Dépendance Sexuelle.

La ballade de la dépendance sexuelle

Le critique photo Andy Grundberg écrit dans les colonnes du New York Times du 21 décembre 1986 :

« Ce qu’était Les Américains de Robert Frank dans les années 50, La Ballade de la Dépendance Sexuelle de Nan Goldin l’est pour les années 80. »

New York Times du 21/12/1986 – Nan Goldin’s bleak diary of the urban subculture

Pourquoi cette oeuvre est-elle considérée comme l’une des plus importantes du XXème siècle ?

Voyons ça.

De l’idée à la réalisation

Au début des années 80, le bars et les clubs deviennent la deuxième maison de Goldin, que ce soit le Tin Pan Alley où elle travaille ou le Mudd Club où elle sort.

Le Mudd Club, une nuit de juillet 1979. Le design des bouteilles de bière ressemble étrangement à celui de nos bières actuelles

Le diaporama

Ces lieux encouragent les expériences de toutes sortes. Goldin assiste à des performances artistiques qui y sont régulièrement organisées. C’est là qu’elle a l’idée de montrer un diaporama de ses photos.

En y ajoutant de la musique, le diaporama devient une expérience. Elle se rend compte que les images cumulées peuvent raconter une histoire, à mi-chemin entre la photographie et le cinéma.

Sur ces photos, on y voit bien sûr son cercle proche, qui fait figure de noyau dur : Suzanne Fletcher, David Armstrong et Cookie Mueller. Mais aussi d’autres amis, des gens qui l’intriguent, des amants, dont Brian évidemment.

Pendant toute la décennie 80, Goldin change régulièrement l’ordre des images, en ajoute de nouvelles. Elle trouve le titre de l’oeuvre d’après une chanson de L’Opéra de quat’ sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill : The Ballad of Sexual Dependency.

La bande-son évolue. Les lieux de projection aussi. Des bars crades aux cinémas :

Affiche pour le spectacle de Nan Goldin au Collective for Living Cinema, New York, 1985 (© Anthology Film Archives)
Vue du Collective for Living Cinema au début des années 1980 (© Anthology Film Archives)

Puis des cinémas au MOMA et à la biennale de la Whitney Museum of American Art, en 1985. Dès lors, le diaporama se rapproche de sa version définitive. Il comprend près de 800 photos et dure 45 minutes. Deux ans plus tard, elle vend aux musées une bande-son définitive, dont on peut avoir une idée sur Spotify (avec un titre de Charles Aznavour parmi les plus misogynes de l’Histoire de la musique) :

Le livre

En 1986, le projet prend la forme d’un livre.

C’est un processus douloureux qui dure 6 mois. Comme le diaporama a un caractère malléable, il est complexe de transporter l’expérience de La Ballade sur des pages imprimées.

Mark Heiferman, Mark Holborn, Suzanne Fletcher et Nan Goldin elle-même, sont impliqués dans l’editing. Sur les 800 photos, ils en choisissent 126 pour le livre.

L’ensemble de l’ouvrage est visible sur Youtube.

Comment Nan Goldin photographie l’intime

Au-delà du sexe

Comme le suggère le titre, l’intimité pourrait être réduite aux relations d’aliénation et de servitude liées au sexe.

D’ailleurs, au fil des pages, beaucoup de femmes et d’hommes nus défilent. Mais ce n’est jamais obscène.

© Nan Goldin – Kenny dans sa chambre – New York – 1979

Les photos qui montrent des gens en train de faire l’amour sont d’ailleurs peu nombreuses. Et encore, sur la petite dizaine, c’est suggéré. Le sexe dans La Ballade est indéniable, mais il ne peut être réduit à cet aspect.

Voyons maintenant le style des photos.

L’esthétique de l’instantané

Les images présentent les caractéristiques de la photographie de famille. Des scènes ordinaires et anodines dans des clichés imparfaits.

Cadrage aléatoire
© Nan Goldin – Philippe H. et Suzanne s’embrassant à l’Euthanasia, New York – 1981
Image floue
© Nan Goldin – Dieter sur le lit – Stockholm – 1984
Lumière du flash non homogène
© Nan Goldin – Brian à une galerie de tir – Mérida, Mexique – 1982
Retranscrire la réalité telle qu’elle est

Tous ces « défauts » techniques résultent de la spontanéité de Goldin. Elle ne met pas en scène, elle photographie souvent sans viser, raison pour laquelle ses sujets semblent inconscients de la présence de l’appareil.

Moins elle fait sentir son implication dans les questions de composition, plus forte est l’impression de spontanéité et plus l’on croira que ces scènes sont réelles.

Goldin insiste d’ailleurs sur la nécessité de produire « un témoignage authentique ». Elle explique :

« Dans La Ballade, il a toujours été question de la réalité, de l’entière vérité, et il n’y a jamais eu aucun artifice. »

Préface de La Ballade
© Nan Goldin – Käthe dans la baignoire – Berlin – 1984

Selon moi, les images ne semblent pas tirer leur impact de leurs compositions, en tout cas, pas de manière essentielle. C’est plutôt la façon dont elles sont séquencées, la façon dont elles se répondent dans la série. On va voir ça tout de suite.

De sa propre vie intime à une histoire universelle

Dès la première page, on plonge dans le récit avec une table des matières qui présente l’ensemble des chapitres.

Voyons ce que Goldin veut nous dire.

Le couple, entre désir et prison

Les débuts du couple
  • Le livre commence par la photo suivante :
© Nan Goldin – Nan sur les genoux de Brian, anniversaire de Nan – New York – 1981

C’est le cliché du couple hétéro, heureux et épanoui. En ce jour de fête, Nan arbore un large sourire de satisfaction. Vêtue, coiffée, parée et maquillée avec soin, elle est assise sur les genoux de son petit-ami. Le cadrage décentré nous permet de voir que le couple se trouve dans la cuisine, lieu emblématique de la domesticité.

  • Le livre se poursuit avec cette photo :
© Nan Goldin – Suzanne et Philippe sur un banc – Tompkins Square Park, New York – 1983

La scène traduit le désir insatiable qui s’empare du couple, dont l’intimité s’installe dans la sphère publique. Passion et tension se dégagent de la photographie, qui rend compte de l’incapacité à repousser le moment de l’enlacement et illustre l’ardeur du couple sans gêne.

  • La photo « cliché » du couple à la plage, qui pourrait matérialiser les premières vacances.
© Nan Goldin – C. Z. et Max à la plage – Truro, Massachusetts – 1976

Au fil des pages, l’homme et la femme apparaissent profondément différents. Dans la préface de La Ballade, Goldin précise d’ailleurs :

« Quelque fois, je crains que l’homme et la femme ne soient irrémédiablement étrangers l’un pour l’autre, incompatibles, comme s’ils venaient de planètes différentes. »

L’homme et la femme dans deux mondes étrangers
La femme

Elle n’est pas monolithique. Elle semble juste confuse dans le rôle qu’elle est censée jouer.

  • Fatale et séductrice  :
© Nan Goldin – Vivienne dans sa robe verte – New York – 1980
  • Femme mariée :
© Nan Goldin – Les noces de Cookie et Vittorio – New York – 1986
  • Dans une position passive, d’attente comme ici, avec Nan sur son lit, fixant le téléphone :
© Nan Goldin – Autoportrait au lit – New York – 1981

Ou Suzanne dans un lit :

© Nan Goldin – Suzanne dans le lit des parents – Swampscott, Massachusetts – 1985
  • En introspection, face au miroir, face à elle-même, seule, comme sur les deux photos suivantes, placées sur une double-page :
© Nan Goldin – Autoportrait dans la salle de bains bleue – Londres – 1980
© Nan Goldin – Suzanne avec la Joconde – Mexico City – 1981
L’homme
  • De l’autre côté, l’homme semble jouer le rôle que l’on attend de lui : aimer les trucs d’homme, comme la voiture sur cette double-page (qui rappelle évidemment celle des femmes, + l’opposition rouge/bleu) :
© Nan Goldin – Mark dans la voiture rouge – Lexington, Massachusetts – 1979
© Nan Goldin – French Chris sur la décapotable – New York – 1979
  • L’homme ressemble parfois à un petit garçon, l’air hagard à côté d’un dessin animé diffusé sur une télé :
© Nan Goldin – Brian avec les Flintstones – New York – 1981

Ou devant son gâteau d’anniversaire en train de souffler les bougies :

© Nan Goldin – L’anniversaire de Brian – New York – 1983
L’homme et la femme réunis dans leur propre solitude

Ce que l’homme et la femme ont en commun, c’est leur profonde solitude, comme sur ces deux images, le regard tourné vers l’extérieur :

© Nan Goldin – Suzanne dans le train – Wuppertal, Allemagne de l’Ouest – 1984
© Nan Goldin – Dieter dans le train – Suède – 1984
La violence s’installe petit à petit
  • Se servir d’une arme :
© Nan Goldin – Brian à une galerie de tir – Mérida, Mexique – 1982
  • Se défoncer avec des drogues dures :
© Nan Goldin – La défonce – New York – 1979
  • Se faire tatouer
© Nan Goldin – Mark tatouant Mark – Boston – 1978
  • Se faire tirer le portrait après une arrestation (même si ce n’est pas le cas, la photo joue sur l’ambivalence) :
© Nan Goldin – Le visage de Brian – Berlin-Ouest – 1984
Les traces de violence subies par la femme

Dans sa préface, Goldin dit que :

« L’opposition entre l’imagination et la réalité des relations peut mener à l’aliénation et à la violence. »

L’autoportrait, tout en contraste, immortalise la défiguration de Goldin et met définitivement à mal la conception romantique du couple :

© Nan Goldin – Nan, un mois après avoir été battue par Brian – New-York – 1984

Contrairement aux scènes prises sur le vif, l’autoportrait n’adopte pas le style de l’instantané. Il est clairement mis en scène :

  • Le rouge à lèvres : il est particulièrement frappant par sa couleur et son application, correspondant au rouge sang de son œil blessé.
  • L’arrière-plan bleu : il contraste avec la couleur du rouge à lèvres et fait échos au marron bleuâtre de l’ecchymose.
  • Les codes de la féminité : Goldin porte un maquillage saisissant, des boucles d’oreilles en argent et un collier de perles. La coquetterie, marqueur stéréotypé de la féminité, contraste avec l’oeil noir et enflé, marqueur de la violence masculine.

À propos de cette image, Goldin déclare :

« Je voulais que ce soit à propos de chaque homme et de chaque relation et du potentiel de violence dans chaque relation. »

Une autre photo, d’un bleu en forme de coeur, pourrait presque résumer l’oeuvre :

© Nan Goldin – Bleu en forme de coeur, New York – 1980
Le désir d’indépendance et de douceur

Après la rupture, la femme prend ses distances avec l’homme :

© Nan Goldin – Susan dans la Boogie – Provincetown, Massachusetts – 1976
© Nan Goldin – Käthe et Pit – Berlin-Ouest – 1984
La vie de célibataire

Quelques photos montrent la vie après le couple, faite de soirées entre amis.

© Nan Goldin – Bea avec une boisson bleue – O-Bar, Berlin-Ouest – 1984
© Nan Goldin – Robin et Kenny au Boston/Boston – Boston – 1979
Le désir de couple plus fort que tout

Toujours dans la préface, Goldin dit :

« Je tiens beaucoup à mon indépendance, mais en même temps, j’ai un besoin fou de ressentir l’intensité que procurent les rapports d’interdépendance. »

© Nan Goldin – Oopie et Chrissie – Provincetown, Massachusetts – 1977
© Nan Goldin – Mary et David s’étreignant – New York – 1980
© Nan Goldin – Nan et Dickie au Motel York – New Jersey – 1980
© Nan Goldin – Camarades de chambre au lit – New York – 1980
Après la fin du couple, ne reste que les souvenirs
© Nan Goldin – Nan et Brian au lit – New York – 1983

On retrouve l’intimité de leur chambre, comme le souvenir d’une scène juste avant que Nan ne soit frappée. Les liens qui semblaient les unir sur la première photo du livre sont en train de se rompre.

Nan est allongée sur le lit, les yeux levés vers Brian qui fume, assis au bord du matelas, sans la regarder. La pièce est baignée d’une lumière orangée, un ton chaud qui devrait faire de la chambre un cocon réconfortant.

La désunion semble déjà consommée, l’homme, l’air absent, et la femme, recroquevillée, l’air méfiant.

C’est l’histoire principale que le livre illustre. Cependant, dans l’oeuvre, le récit est moins linéaire et plus complexe que mon analyse pourrait le faire croire.

D’ailleurs, un autre thème sous-jacent parcourt l’ouvrage, celui de la fluidité du genre. C’est ce que nous allons voir.

C’est quoi être un homme, une femme ?

Dans la ballade, Goldin choisit comme sujet la violence qui accompagne les catégories du genre. Elle s’interroge sur la façon dont on fabrique les femmes, les hommes, les enfants, elle se demande si cette fabrication est ce qui rend la violence possible.

Les stéréotypes du genre dès l’enfance
  • Le petit garçon déguisé en super-héros, la petite fille en princesse :
  • Sur une double-page, le petit garçon, un pistolet à la main, la petite fille dans une position équivoque :
© Nan Goldin – Le petit Max avec un pistolet – New York – 1977
© Nan Goldin – Antonia – New York – 1985
L’androgynie

Dans La Ballade, la question du genre est posée. La frontière entre l’homme et la femme se trouble.

  • L’homme s’habille en nuisette :
© Nan Goldin – Un homme et une femme en combinaison – New York – 1980
  • L’homme se maquille :
© Nan Goldin – Mark et Mark – Boston – 1978
  • Même au sein du couple hétérosexuel, il est parfois difficile de distinguer l’homme et la femme, ou bien ils se ressemblent de manière troublante :
© Nan Goldin – Mary et David s’étreignant – New York – 1980
© Nan Goldin – Philippe H. et Suzanne s’embrassant à l’Euthanasia – New York – 1981
© Nan Goldin – Patrick et E.K. à la galerie – New York – 1985
Vers un troisième sexe

Goldin, dans la préface, ouvre la voie à une alternative :

« La question n’est pas d’accepter ou de refuser la distinction des rôles attribués selon le sexe, mais de la redéfinir. Il faut non seulement se débarrasser des clichés, mais aussi prendre la décision de se servir des alternatives qui nous sont offertes, quitte à changer de sexe. D’ailleurs, cet acte est à mes yeux l’acte ultime en matière d’autonomie. »

© Nan Goldin – Trixie sur un lit de camp – New-York – 1979

Conclusion

L’oeuvre de Nan Goldin a parfois été considérée comme subversive du fait des thèmes abordés : milieu underground gay, prostitution, violence, sida, mort. Qui trouve cela réellement subversif aujourd’hui ?

Ce qui fait la force de l’oeuvre de Nan Goldin, c’est l’universalité de ce qu’elle raconte, que l’on soit d’accord ou non : la condition humaine, la douleur, la difficulté de vivre ensemble.

L’héritage de Nan Goldin

Son vaste travail confessionnel a inspiré de nombreux artistes parmi les plus fondamentaux d’aujourd’hui, d’Antoine d’Agata à des photographes de mode comme Juergen Teller.

© Antoine d’Agata
© Ryan McGinley
© Corinne Day
© Juergen Teller

Livres conseillés

C’est à ce jour l’ouvrage le plus complet consacré à l’oeuvre de Nan Goldin. Il accorde une grande place aux oeuvres récentes de l’artiste, pour la plupart inédites, tirées de séries comme Toujours sur Terre (1997-2001), 57 jours (2000) et Eléments (1995-2003).

Aller plus loin

Audio

Vidéo

L’une des meilleures interviews que j’ai trouvée. Elle parle de la création de La Ballade – du diaporama au livre – et en donne des pistes d’analyse. C’est en anglais, mais les sous-titres youtube font le taf si besoin.

Au fil de son parcours en images, commenté par Nan Goldin, le spectateur pénètre dans l’univers du travail de création, au coeur du processus d’élaboration de son oeuvre. Passionnant.

Articles Internet

Voilà, c’est fini.

❤️ Si vous aimez l’article, commentez ou partagez-le, vous ferez de moi un homme heureux.

12 réponses sur « La ballade de Nan Goldin : de l’intime à l’universel »

Merci, j’ adore vos articles.
Je dévore d’ une traite celui-ci où les extraits imagés donnent une
fluidité gourmande
au récit d’ une vie pourtant extrêmement chaotique et savoureusement
douloureuse. L’ art permet de s’ affranchir de la difficulté de vivre
sa vie surtout quand on est son propre sujet… d’ étude.
Aucune tricherie technique ou artifice esthétique cristallisent toute
l’ urgence de repousser le dernier instant au fin fond de l’
indicible.
Je ne connaissait pas cette artiste ; je suis touché.
Merci encore. De l’ excellent travail qui me rend jaloux de ne pas avoir votre talent…

Merci beaucoup Gérard pour ce chaleureux message !
Je suis à deux doigts de vous engager pour faire la promotion de mon blog aha.

Si j’arrive à te tenir en haleine jusqu’au bout, la mission est accomplie.
Merci de ton commentaire Alain !

Une nouvelle fois je partage avec plaisir, la passion n’a pas besoin de beaucoup d’encouragements, le travail lui un peu plus, bravo pour le partage d’un univers que je ne connaissais pas beaucoup, que je découvre. Ma fille Eva, devrait apprécier car elle s’intéresse à la photo.

Merci Olivier. Si ta fille s’intéresse à la culture photo plutôt qu’à la technique, elle a déjà tout bon 😉

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