Entrez dans la tête du photographe Amaury da Cunha, au plus près de son travail, de ses goûts, de ses influences et de son processus créatif.
Temps de lecture : 18 min
Pour en savoir plus sur le concept de l’entrevue : C’est quoi l’entrevue “Dans la tête” ?
Les réponses sont rédigées par Amaury da Cunha lui-même.
Qui est Amaury da Cunha ?
Amaury da Cunha est un photographe et un écrivain français né en 1976 à Paris. En 2000, il sort diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles.
Journaliste et critique littéraire au Monde, il vit actuellement à Paris. Son prochain roman, Touche fantôme, sera publié en mars 2026 aux éditions de l’Iconoclaste.
Ses principaux projets photo
Saccades (2009)
L’image ou le mot. Photographier ou écrire. Comment choisir ? Et pourquoi ? J’ai décidé de ne pas trancher.
Saccades est un livre de photographies (initialement publiées sur un blog entre 2006 et 2009) souvent décadrées, prises par surprise et sous un angle inattendu, mais aussi un recueil de notes, réflexions, brèves fictions…

Avec une constante, la recherche du fragment significatif, de l’émotion née d’une lecture ou d’un moment vécu. Et peut-être aussi l’envie de se dévoiler par le texte autrement que par la photo : « En photographiant, il avait l’impression que quelque chose de lui se perdait dans chaque nouvelle image. »

Entre le journal intime et le carnet de voyage, cet ensemble d’images est une invitation à se laisser saisir par la discontinuité du réel.

Saccades a été publié aux éditions Yellow Now en 2009.
Demeure (2018)
Demeure est ma quatrième monographie photographique. Cet ouvrage réunit 47 photos prises entre 2000 et 2018, mêlant couleur et noir et blanc, ainsi que des textes courts de Sylvie Gracia.

C’est un livre « peuplé d’images hantées et de mots secrets », comme l’écrit Jean-Marie Durand dans Les Inrockuptibles. Un livre qui tourne autour du deuil d’un frère disparu. Comment vivre dans le monde, après un tel désastre ? Ces images ont été prises après cette disparition. Je m’appuie sur ces photographies pour retrouver une place ici-bas. Et pour pouvoir peut-être continuer à rêver les yeux ouverts.


Par ailleurs, pour tenter d’élucider le secret de ces images, j’ai confié le soin à Sylvie Gracia, éditrice et écrivaine, d’y associer des mots, en toute discrétion. Une volonté littérale, en effet, puisque dans Demeure, tous les textes sont glissés à l’intérieur de plis japonais, c’est-à-dire entre des pages n’ayant pas été découpées lors de la fabrication du livre.


Demeure a été publié aux éditions Hartpon en 2018.
Pays perdu (2024)
Pays Perdu est un livre de photographies prises en Nouvelle-Zélande, entre janvier et juin 2020.
Parti aux antipodes pour écrire un récit (Baby Farmer, 2021), dans le cadre d’une résidence d’écriture (Randell Cottage), je me suis retrouvé tout à coup bloqué sur l’île en raison de la pandémie. J’ai poursuivi néanmoins l’écriture de mon texte qui tourne autour d’une histoire de fantômes.

Pour échapper à cet isolement, je me suis mis aussi à photographier mon quotidien dans la ville de Wellington où je résidais. J’ai réalisé de très nombreuses images, sans projet particulier, sinon de me laisser porter par des visions qui résonnaient sans doute avec ce que j’étais en train d’écrire.


Ce projet comprend aussi un poème, dont j’ai commencé l’écriture aux antipodes, et que j’ai terminé en France : descriptions de choses, fragments de récits, méditations intimes.
Voici un court extrait :
« La femme qui tenait son verre suspendu
dans l’espace disparut au moment
où je la photographiais depuis ma table de restaurant
sur Tinakori RoadPerdue dans ses pensées, elle regardait dehors
Rêvait d’ailleurs
Surveillait sa bagnoleMon insomnie se perd dans le jour qui se lève
Ce matin j’ai seulement besoin qu’il fasse beau
Pour passer toute la journée dehorsLa lumière de l’aube éclaboussait les collines
tandis que je marchais en rêvant que c’était
mes propres pas qui activaient le lever du soleil. »

Pays perdu a été publié aux éditions Filigranes en 2024.
Cœur bleu (2025)
Cœur bleu, voyage en Bretagne est un livre de photographies prises pendant une année autour du château des Flégés qui a marqué une partie de mon enfance.

On y allait en coup de vent, deux ou trois fois par an, ce qui suffisait à me faire frémir et rêver. Je me souviens d’une mare d’eau stagnante, d’un trésor qu’on disait caché sous la septième marche d’un escalier en granit, et de mon arrière-grand-mère malade qui ne quittait presque jamais sa chambre.
Quarante après, je suis retourné au château pendant de courts séjours, au rythme des saisons.
J’ai photographié sans doute des souvenirs d’enfance, et j’ai aussi écrit sur ce qu’il ne m’était plus possible de voir. J’ai voulu entrer dans cette histoire comme dans un roman. Ce projet a vu le jour grâce à une résidence, à l’initiative de l’artothèque de Vitré. Il a donné lieu à une exposition à l’artothèque, de juin à septembre 2025.

Cœur bleu a été publié aux éditions Filigranes en 2024.
Partie I : Zoom sur un projet photo d’Amaury da Cunha
Parle-moi d’un de tes projets : Cœur bleu
Avant d’être un livre, ce projet est né de souvenirs d’enfance, en Bretagne, dans le château familial des Flégés. Il s’est nourri de ce qu’on a pu me raconter autour de cette demeure construite sur le modèle du parlement de Bretagne, à Rennes.


C’est une histoires de trésors, une affaire de familles, avec ses secrets, ses contes et légendes.
J’y suis retourné à plusieurs reprises. À chaque fois, je me disais qu’il y avait quelque chose à y faire. Car c’est un lieu propice à la fiction, tourné vers le passé. Un espace imaginaire et mélancolique pour moi. J’ai longtemps laissé infuser ces idées et ces images, sans rien faire.

Un soir, par hasard, chez mon éditeur Patrick Le Bescont (Filigranes), j’ai parlé de cette histoire à Isabelle Tessier qui dirige l’artothèque de Vitré, et elle m’a spontanément proposé une résidence pour travailler sur ces lieux.
Au départ, comme souvent, je n’avais aucune idée de comment aborder cette aventure. Tant que je ne suis pas face aux choses, j’ignore comment orienter mon regard, ou formuler ce que je cherche à dire – ce qui revient au même. Et comme je n’avais pas photographié depuis mon grand voyage en Nouvelle-Zélande, j’étais inquiet d’avoir perdu l’acuité de mon regard. J’ai voulu donner plus de poids aux images, alors j’ai changé de matériel.
J’ai mis de côté mon petit boîtier pour photographier avec un moyen format numérique (Fuji GFX 50). La technique n’est pas seulement un support, elle est aussi partie prenante de la vision qu’on cherche à partager. Le recours à cet appareil un peu lourd m’a obligé à prendre plus de temps pour faire des images. J’ai dû les imaginer avant de les prendre. Comme une mise en scène mentale.


Pour donner vie aux choses muettes qui dialoguent entre elles dans cette série, je les ai parfois éclairées d’une couleur bleue, qui est celle d’une relique (un coeur en plomb) retrouvée dans la chapelle du château. Ce bleu artificiel dépose un voile de fiction sur ces objets qui sont des morceaux d’une mémoire familiale. J’ai voulu leur donner une présence, aussi fragile soit-elle.
J’ai photographié des souvenirs d’enfance. Je me suis aussi retrouvé là où mes parents se sont mariés, en 1972. Il y a beaucoup de fantômes dans le château des Flégés. Je suis parti à leur rencontre.
Ce livre mêle des photographies et un texte, écrit comme un journal, pour y voir plus clair. Les mots, avec beaucoup de prudence, tentent de mettre un peu de lumière sur ces photos silencieuses, je les utilise aussi pour leur donner un semblant de profondeur narrative, comme une sorte de liant.

Le projet a donné lieu à un accrochage à Vitré en juin 2025. L’exposition s’est aussi déployée à l’extérieur, dans trois communes voisines.
Pour l’occasion, les éditions Filigranes ont publié un livre, Cœur bleu, sorti en août. Dans cet ouvrage, conçu avec Patrick Le Bescont, j’ignore si les textes illustrent les images ou si c’est l’inverse qui se produit. En tout cas, nous avons voulu faire dialoguer ces deux formes qui mélangent descriptions et récits.
Pour aller plus loin :
Dans une interview avec son éditeur, Cœur bleu : voyage en Bretagne (8 min), Amaury revient sur le projet. Il raconte notamment le travail d’édition du livre.
Raconte-moi une photo de ce projet

La scène se passe en automne, il a plu toute la nuit. J’ai d’abord erré dans les pièces du château, dans une solitude un peu pesante. Je suis sorti me promener autour de l’étang, à la recherche d’un mouvement.
Tout à coup, j’aperçois deux chevaux magnifiques qui me regardent pacifiquement. « Comme chez Michel Strogoff » me dira plus tard mon père en découvrant la photo. J’en photographie un, avec la sensation d’entrer dans une histoire d’un autre temps, animé par cette force animale, si apaisante.
Plus tard, j’utiliserai encore du bleu pour colorer l’image, à la manière d’un cyanotype, comme le faisait d’ailleurs mon aïeul Arthur da Cunha, un photographe pictorialiste. Je fais cette image qui appartient au passé, sans éprouver aucune forme de nostalgie. Elle m’apparaît comme une fiction vécue au présent.
Partie II : Les goûts et les inspirations d’Amaury da Cunha
Un album que tu as beaucoup écouté
Shades de J.J. Cale (1981).
Cet album bluesy m’accompagne depuis 20 ans, je ne cesse d’y découvrir de nouvelles nuances musicales : un solo de piano en sourdine, une guitare discrète… Cette musique m’apaise, elle me donne aussi envie de me mettre en mouvement, sans précipitation. J’aime le tempo de sa musique, son humeur.
➜ Écouter ‘Shades’ sur Spotify ou Deezer
Un roman qui a éveillé quelque chose en toi
Ce n’est pas un roman mais un journal de travail qui se lit comme un roman, celui que le photographe américain Edward Weston a tenu pendant un long séjour de quatre ans au Mexique : Journal mexicain (1923-1926).
Il y parle de ses rencontres, de son quotidien, et surtout de photographie, avec une lucidité exemplaire : « Enregistrer la vie, témoigner de la substance, de l’essence de la chose même, acier poli ou chair palpitante. »
Un film dont tu te sens proche
J’ai vu Les fraises sauvages (1957) d’Ingmar Bergman une bonne dizaine de fois, sans doute pour comprendre ce qui me touche autant dans ce film.
Mélange de douceur et d’effroi ? Beauté photographique des images ? La beauté est insaisissable. C’est mon père (photographe) qui m’a fait découvrir ce cinéaste à l’adolescence, en me disant d’être attentif à la qualité de la lumière dans laquelle baigne ces histoires.
J’ai presque tout vu de lui. Dans ses films, les histoires qu’ils racontent trouvent souvent leurs sources dans les images. Elles ont une vie qui leur est propre. J’ai souvent oublié les intrigues qu’elles accompagnent, mais pas leur éclat. Devant un film de Bergman, mon œil photographie mentalement chacun de ses moments, comme si j’étais le spectateur de scènes réelles.
Où trouves-tu l’inspiration ?
Je la trouve souvent dans mon environnement immédiat. J’écris et je photographie autour de ma vie, pas directement sur elle. Un sentiment d’étrangeté ne m’a jamais quitté depuis l’enfance. Je m’appuie sur lui pour percer des énigmes. Cette étrangeté n’est pas inquiétante, elle me ressource. Je ne peux pas séparer l’existence du travail, l’un éclaire toujours l’autre. Quand on œuvre dans cet état d’esprit-là, c’est très difficile de garder de la distance pour laisser une place au spectateur. J’ébauche une énigme, en lui laissant la liberté de se l’approprier.
L’inspiration est aussi une aventure de lectures. Des livres de poètes, comme ceux d’Yves Bonnefoy, qui m’accompagnent depuis longtemps. Bonnefoy pose souvent la question de la présence dans ses textes, la présence des choses quotidiennes qui sont de merveilleuses énigmes. Il m’a aidé à poser mon regard sur elles, sans chercher à aller voir ailleurs.
Je pense aussi souvent aux textes de Philippe Jaccottet qui m’ont marqué. Notamment cette phrase qui me poursuit depuis longtemps : « L’effacement soit ma façon de resplendir. »
C’est aussi un credo de photographe, n’est-ce pas ?
Les photographes qui t’inspirent
Robert Adams, Paul Graham et Manuel Alvarez Bravo.
Robert Adams



Paul Graham



Manuel Alvarez Bravo



Un livre photo sur lequel tu reviens souvent
Moving out de Robert Frank (1995).



Un condensé de l’œuvre épique et existentiel du photographe. On y retrouve ses errances urbaines (En France, aux États-Unis, bien sûr), le journal de sa vie, ses portraits magnifiques.
Pour lui, photographier était une manière de vivre comme un exilé. C’est la dimension excentrique, au sens fort du terme, qui me bouleverse dans son livre. « Je photographie pour savoir comment je vais », disait-il.
Ma pratique est aussi une aventure introspective, elle m’aide à savoir qui je suis, à comprendre aussi l’objet de mon désir.
Partie III : Le processus créatif d’Amaury da Cunha
Qu’est-ce qui vient en premier chez toi : l’idée d’un projet ou bien des photos individuelles qui suggèrent un concept ?
Dans mes premiers travaux (Saccades, 2009), je cherchais surtout à accumuler des images très différentes les unes des autres pour rendre compte de cette expérience étrange que l’on fait du réel quand on photographie.

C’était une aventure fragmentaire pour questionner ce que représentait le monde extérieur pour moi. Il me fallait saisir une grande variété de motifs que j’articulais les uns aux autres, après-coup, en construisant la maquette d’un livre. Je cherchais à trouver dehors, des équivalents à mon marasme intérieur. Cette période un peu folle me semble pour le moment suspendue.
Aujourd’hui, je construis mes séries autour d’espaces plus circonscrits. Comme la Bretagne pour Cœur bleu, ou la Nouvelle-Zélande pour Pays perdu. C’est une pratique plus sage du médium qui s’appuie sur une géographie rêveuse, mais précise.
Au départ, j’ai toujours en moi une image vague de ce que je veux faire, je ne cherche rien à démontrer, ou à prouver. Je veux juste me rapprocher de ce désir initial, ce qui n’exclut évidemment pas qu’il veuille dire quelque chose, mais ce n’est mon affaire que de le savoir moi-même – en amont.
Le sens d’une image, pour moi, c’est avant tout l’aventure d’une direction, pas celle d’une signification. L’image est un passage. Elle ne s’arrête évidemment pas à la prise de vue.
Quels éléments clés doivent être présents lorsque tu crées un projet photo ?
Peut-être le désir de me confronter à une énigme, à un sentiment d’étrangeté ?
J’ai souvent la sensation de photographier les traces d’une histoire qu’on aurait perdu de vue. Cette histoire n’est pas forcément la mienne. Le monde des images est un espace collectif et communautaire.
En Nouvelle-Zélande, par exemple, en faisant des photos, j’étais souvent rattrapé par le souvenir des films que Jane Campion a réalisés sur cette île. À mon retour, je lui ai fait parvenir le livre. Elle a eu la gentillesse de me répondre, en m’écrivant qu’elle avait été touchée par ces images « sombres et noueuses », nées de « l’émerveillement du hasard. »
Comment considères-tu la création d’un projet qui fait sens par rapport à la réalisation d’une grande photo individuelle ?
Je construis mes projets photographiques pour qu’ils se déploient sur les pages d’un livre qui est pour moi le meilleur des supports. Les images dialoguent ensemble, en silence, comme des poèmes écrits dans une langue étrangère.
Parfois, les photographies ne sont pas suffisantes. Alors j’écris des phrases pour approfondir ce que les images cherchent à me raconter. L’art est une affaire de traduction, dans tous les sens du terme.
Par ailleurs, aujourd’hui, la plupart des artistes visuels travaillent en série, en séquence. Ils cherchent à construire des réseaux d’images, des constellations. Je trouve parfois dommage que l’on ne puisse pas se satisfaire d’une seule image, un peu orpheline.
Dans mes archives, j’ai une grande quantité d’images qui n’ont jamais trouvé de place dans un ensemble et j’ai une affection particulière pour elles. Comme cette photo prise avec mon téléphone dans la Creuse, à l’été 2021.

C’est une petite fable en soi. Une historiette rattachée à l’enfance. Elle n’a pas besoin d’être accompagnée par d’autres images. Elle se suffit à elle même. Comme je ne lui ai pas encore trouvé de place dans mon travail, je l’ai accrochée sur un mur de mon appartement pour ne pas l’oublier.
Quelle relation entretiens-tu avec le concept de beauté en photographie ?
C’est une question compliquée. Plutôt que de parler de beauté, je préfère le mot « éblouissement ». Paradoxalement, c’est ce mot qui me vient à l’esprit quand je photographie quelque chose ou quelqu’un dans une lumière très faible. (Basse lumière est d’ailleurs un livre que j’ai écrit, dans lequel j’essaie de m’expliquer à ce sujet.)
Cela dit, je me méfie un peu de la « beauté ». C’est un mot qu’on utilise trop souvent pour tout et rien dire, alors que l’émotion qu’elle provoque est pourtant rare.
Par ailleurs, la vraie beauté arrive souvent par accident en détournant l’idée que l’on pouvait se faire d’elle. La vraie beauté déjoue toujours toute attente. C’est une révélation, comme une précieuse épiphanie.
As-tu ce que l’on appelle un « style photographique » ?
Ce n’est pas à moi de le dire. J’essaie de ne pas trop en faire. Je prends des images avec sobriété, sans surenchère stylistique, sans cadrage tarabiscoté. Peut-être pour faire oublier l’image, et que le spectateur se concentre seulement sur ce qu’elle représente.
Le style ne tient pas de la recherche d’un effet, mais d’un désir profond de mettre un peu d’ordre dans les choses. C’est un geste qui doit être accompagné par une certaine délicatesse. J’aime produire des images allusives, pas trop démonstratives. Des photographies qui insinuent un sens, une émotion, en gardant toujours une forme de retenue.
Comment définirais-tu ton approche sur un continuum qui irait de complètement intuitif à intellectuellement formulé ?
J’aime beaucoup l’étymologie latine (très visuelle) du mot « intuition ». Elle signifie : « regarder attentivement. » Le regard ne parle pas encore. Il pense, certes, mais pas avec les mots.
Après-coup, j’essaie, comme maintenant, de mettre du sens sur des images qui en savent toujours plus long que moi. Chaque photographie pourrait devenir l’objet d’un roman, ou d’un récit. Ses ressources de significations sont illimitées, mais en même temps, c’est son silence qui m’attire. Alors j’en reste là.
Je passe, par ailleurs, beaucoup de temps à écrire. C’est une activité qui m’épuise, alors quand je photographie, j’essaie de m’affranchir du poids du langage écrit : je retombe en enfance, je flotte dans le silence, qui est la meilleure manière d’accueillir la rêverie.
Comment définirais-tu ta photographie sur un continuum qui irait de document scientifique à poésie abstraite ?
Ce sont des notions qui me sont étrangères, du moins, dans ma pratique artistique.
En supposant que tu photographies aujourd’hui avec ce que tu considères comme ta voix naturelle, as-tu déjà souhaité que ta voix soit différente ?
Je ne sais pas si on entend une voix quand on regarde mes photographie. Quelqu’un parle, peut-être, il y a un narrateur qui décrit et qui raconte des petites scènes. Ce n’est pas vraiment moi. Les photographies chuchotent. Les images sont comme des confidences, dites à voix basse. Des secrets.
Que fais-tu lorsque tu doutes ou tu te sens bloqué sur le plan créatif ?
Je laisse le temps passer, je m’ouvre aux autres. Et si un jour, je n’avais plus rien à raconter ou à montrer, cela ne serait pas grave. Il y a trop d’artistes qui se répètent en se plagiant eux-mêmes. C’est un peu triste. Il faudrait s’avoir s’arrêter au bon moment. La vie est souvent beaucoup plus intéressante que l’art.
Comment sais-tu qu’un projet photo est terminé ?
Finir un projet est toujours un peu artificiel, arbitraire. « La photographie est interminable », disait Denis Roche. Il a terriblement raison. Je m’ennuie vite. J’aime passer à autre chose. J’arrête quand je suis happé par un nouveau désir. Je vais voir ailleurs.
Pour aller plus loin
Voici quelques liens supplémentaires pour découvrir Amaury da Cunha et son travail.
- Visiter son site
- Suivre son Instagram en cliquant sur sa tête.
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Poursuivez la lecture avec une autre entrevue : Dans la tête de Clément Chapillon
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4 réponses sur « Dans la tête d’Amaury da Cunha »
Salut Antoine, super travail encore une belle histoire ! Il y a beaucoup d’idées très intéressantes à retenir. Je retiendrai le fait que la photographie soit pour lui un refuge, un repos, et que l’écriture soit le « vrai » travail — la difficulté — : c’est une approche différente.
Cela se ressent dans ses images.
Bonne fin d’année à toi.
Merci Hugo.
Hello Antoine,
Alors Amaury da Cunha, je le connais, contrairement au dernier, mais peu au final, cet article permet de le redécouvrir.
J’ai un livre de lui, Fond de l’œil, sans photos, avec des histoires photographiques.
L’article donne envie de creuser son travail, merci.
Merci Lionel.