Les Rencontres d’Arles 2026 comme si vous y étiez

Les Rencontres d’Arles 2026 comme si vous y étiez

Je vous raconte les 5 jours que j’ai passés aux Rencontres de la photographie d’Arles pendant la semaine d’ouverture. Au programme : chaleur, copains, bières. Mais surtout, mes impressions sans filtre des expos.

Temps de lecture : 27 min

Jour 1 : Une entrée en matière liquide

Lundi 6 juillet. Vélo. Gare de Montpellier. Train. 1h30 de retard. Arles. Arriver à 15h20. 36 degrés. Retrouver mon pote Édouard (@ed__marie) dans le centre-ville.

J’ai rencontré Édouard Lenormand à Paris lors d’une soirée entre photographes et lecteurs du blog. Il est lui-même photographe et auteur de films documentaires. Regardez Homosexuels et lesbiennes face au nazisme (2024) dispo sur france.tv.

On roule côte-côte en direction de notre logement situé à 20 minutes à l’ouest d’Arles, sur la route de Gimeaux, en discutant de son projet photo en cours, L’Usage de la Forêt, sur la déforestation et la malforestation dans la Creuse.

À mi-chemin, il s’arrête net et se met à dégobiller. Après investigation, il spéculera une petite intoxication alimentaire, accentuée par les fortes chaleurs.

Ce sera tranquille cet après-midi.

Edouard et un flamand rose
Edouard dans son élément

Vers 19 heures. Retour à Arles. Place du Forum. Pinte au Bistrot Arlésien. Geoffrey nous rejoint.

Geoffrey Posada Serguier est un photographe que j’accompagne.

Toute la semaine, il expose au Off.

C’est quoi le Festival Off  ?

C’est le festival gratuit en parallèle des grands événements des Rencontres d’Arles. Les 150 lieux d’exposition du Off aux côtés des 47 expositions du In forment un panorama varié de la photographie contemporaine.

Voir le programme complet du Off

Boire à trois. Avoir faim. Burger à la Mule Blanche devant la victoire de l’Espagne face au Portugal. But de Merino à la 91e. Partager notre table avec les filles. La flemme de vous les présenter ce soir. Je le ferai plus tard, je vais les recroiser. Faire la fermeture de l’établissement ayant autorisation de servir de l’alcool jusqu’à deux heures du matin.

Fin du jour 1.

Jour 2 : Bactéries et picon bière

Mardi 7 juillet. Se lever à 8 heures. Arles. Garer le vélo place Antonelle. Pain au chocolat au Peach, la pâtisserie rue de la République.

Ming Smith : Lueur nomade

Y a du monde à 9h30 devant l’église Sainte-Anne pour la visite guidée de Lueur nomade, la rétrospective consacrée à Ming Smith, photographe afro-américaine pionnière. Première femme noire à intégrer les collections du MoMA.

À l’intérieur, d’immenses ventilateurs brassent un air chaud et j’entends à peine Daisy Desrosiers, la commissaire de l’expo. Je décide de faire la visite hors du groupe.

Daisy Desrosiers et Ming Smith à l'église Sainte-Anne
Daisy Desrosiers et Ming Smith

Ce que je trouve assez passionnant chez Ming Smith, et qui n’est pas l’angle choisi pour cette expo, c’est la façon dont elle a développé une écriture photographique singulière, fruit de son époque, de l’influence de son entourage et de ses propres expérimentations.

L’histoire débute en 1973. Ming a 25 ans. Elle s’installe à New York après des études en microbiologie à Washington. Un peu de mannequinat pour payer les factures et elle rejoint Kamoinge, un collectif de photographes noirs, dont elle sera l’unique femme membre.

Voici Ming Smith au milieu des hommes du collectif.

Ming Smith au milieu des hommes de Kamoinge. Photo d'Anthony Barboza en 1973
Les membres de Kamoinge, Anthony Barboza, 1973

Les membres de Kamoinge, comme la plupart des artistes noirs new-yorkais des années 1960 et 1970, se revendiquent du Black Arts Movement. Le mouvement regroupe des poètes, des dramaturges, des musiciens, des cinéastes, des peintres et des photographes, unis pour créer des œuvres qui « célèbrent la beauté et la richesse de l’identité noire. 1 » 

Ils sont tous fous de musique. Surtout de jazz. Un jazz expérimental, expressif, qu’ils cherchent moins à documenter qu’à en traduire l’énergie.

L’un des portraits les plus remarquables de Ming Smith est celui de Sun Ra, compositeur de jazz connu pour ses performances phénoménales et ses costumes délirants. Il débarquait sur scène « vêtu de chasubles métallisées, coiffé de casques ethno-lunaires, paré de bijoux vénusiens 2 ».

Ming Smith, Sun Ra Space II, 1978
Ming Smith, Sun Ra Space II, 1978

À force de fréquenter les jazzmen, Ming tombe amoureuse de l’un d’eux. Le saxophoniste David Murray. Elle l’accompagne dans ses tournées. Souvent, le matin, pendant qu’il dort, elle se promène dans les rues avec son appareil photo.

Comme ce jour de 1979, à Setúbal au Portugal, où elle croise la route de ces trois garçons âgés de 7 ans en train de fumer des clopes.

Ming Smith, Ever-So-Hip-Kiddies, Setúbal, Portugal, 1979
Ming Smith, Ever-So-Hip-Kiddies, Setúbal, Portugal, 1979

Le talent de Ming Smith tient surtout à son instinct et à son sens de l’expérimentation. Utilisation de vitesses lentes pour créer des figures floues et spectrales. Jeu avec la mise au point pour transformer une scène banale du quotidien en une composition surréaliste et onirique.

Regardez cette « cette pluie acide » de 1977.

Ming Smith, Acid Rain (“Mercy, Mercy Me,” Marvin Gaye), 1977
Ming Smith, Acid Rain (“Mercy, Mercy Me,” Marvin Gaye), 1977

Son travail inclut des collages et des doubles expositions. Mais aussi l’utilisation de la peinture directement sur les tirages comme ces flamants roses de 1988.

Ming Smith, Flamant rose fandango (peint), 1988
Ming Smith, Flamant rose fandango (peint), 1988

Megan Ripenoff : Lame de fond

À 10h30, au Cloître Saint-Trophime, je ne suis pas convaincu par Lame de fond de la photographe américaine Megan Ripenoff et ses cyanotypes sans appareil photo. Pour ne rien arranger, le texte de présentation est imbitable.

Morceaux choisis : « Avant que je sache que j’étais faite d’eau, l’eau, elle, semblait me connaître » ou encore : « Cette exposition explore la complexité de nos relations au paysage, au sublime, au temps et à l’impermanence. »

Rien compris.

Lara Tabet et Yasmine Chemali : Le corps vitré

Au même endroit, je préfère largement Le corps vitré qui présente les œuvres de l’artiste et médecin biologiste Lara Tabet, créées avec la commissaire d’exposition Yasmine Chemali.

Lara Tabet explore la « bactériographie », une méthode de création d’images qui, pour le dire simplement, remplace l’appareil photo par des organismes vivants.

Je vous explique.

Lara Tabet & Yasmine Chemali, Le corps vitré
Lara Tabet & Yasmine Chemali, Le corps vitré

Lara prélève des échantillons dans les eaux de Marseille. Ces eaux contiennent des bactéries, qu’elle développe en labo avant de les déposer sur un film couleur. Le film est recouvert de gélatine, dont les bactéries se nourrissent. En la « mangeant », les micro-organismes dissolvent les couches de couleur et révèlent des combinaisons inattendues de rouges, de bleus, de jaunes et de noirs.

Les œuvres sont présentées sur de grandes plaques de verre rétroéclairées, donnant l’impression d’être face à des vitraux.

En fin de matinée, je prends un Perrier avec la pétillante Margherita Mariano, et je me remets à peine de l’histoire à l’origine de son livre, à paraître l’année prochaine aux éditions Imogène.

Il y a bien longtemps en Italie, la cousine de Margherita disparaît mystérieusement. L’enquête policière est bâclée. On ne retrouvera jamais de corps. Des décennies plus tard, cette absence irrésolue devient une déambulation photographique. Elle dit : « La quête d’un corps introuvable a provoqué chez moi un sentiment de révolte et remis en question mon lien affectif avec mon pays d’origine. »

Ghana !

À 13 heures au palais de l’Archevêché pour l’expo Ghana ! sous-titrée Rêver l’indépendance (1957-1976).

Ou comment un jeune pays a utilisé la photographie pour s’affirmer comme nation et se débarrasser des clichés coloniaux, racistes et paternalistes.

L’histoire commence le 6 mars 1957, quand le Ghana devient indépendant après plus de 80 ans de colonisation britannique.

À sa tête : Kwame Nkrumah, premier ministre qui a mené la lutte pour libérer son pays. C’est lui qui invite deux photographes américains à documenter le Ghana : Willis E. Bell et Paul Strand.

Ils publieront chacun un livre, The Roadmakers (1961) et Ghana : An African Portrait (1976), qui servent de colonne vertébrale à l’expo.

Sur les murs de la salle principale, on trouve donc les tirages issus de ces livres.

D’un côté, Bell.
En face, Strand.

Paul Strand, Samuel J.K. Essoun, Shama, Ghana, 1964
Paul Strand, Samuel J.K. Essoun, Shama, Ghana, 1964

L’expo montre aussi le travail de photographes ghanéens, notamment celui de James Barnor.

Regardez ce beau portrait d’une jeune employée à l’air songeur, réalisé en 1957 à Jamestown.

James Barnor, Gladys Kwakor Owoo, employée à Alsalso House, Ever Young Studio, Jamestown, Accra, 1957
James Barnor, Gladys Kwakor Owoo, employée à Alsalso House, Jamestown, Accra, 1957

Le parcours se termine par la scène artistique ghanéenne contemporaine.

Denyse Gawu-Mensah, née en 1995, rassemble, découpe et imprime sur du tissu 600 portraits de sa famille dans le Ghana post-indépendance, pour former un impressionnant patchwork.

Carlos Idun-Tawiah, né en 1997, met en scène ses proches dans de vrais-faux souvenirs inspirés des grandes figures de la photo africaine, en particulier James Barnor.

Les images à la vibe cinématographique dégagent nostalgie et joie.

Comme celle-ci.

Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again (“De nombreuses raisons de vivre à nouveau”), 2022
Carlos Idun-Tawiah, Many Reasons to Live Again (“De nombreuses raisons de vivre à nouveau”), 2022

Un adulte lace les chaussures d’un enfant en costume trop large à côté d’un jeune homme sur un vélo qui nous fixe tout sourire.

Vous l’avez sans doute remarquée : c’est l’image de l’affiche des Rencontres d’Arles 2026.

13h30. Retour à la maison sous 38 degrés. Déj léger. Tomate, concombre, melon. Piscine. Édouard s’éteint devant le Tour de France.

Prêts à 17 heures. Pas mon vélo qui ne freine plus. Réparation pas si express que ça. Retour à Arles vers 19 heures. Vernissage de Geoffrey (@geoffreyposadaserguier) à la galerie Cezar, où il expose du 6 au 12 juillet sa belle série Saṃsāra, portée par un regard sensible sur la lumière et les couleurs.

Geoffrey Posada Serguier, Varanasi, Inde, 2026
Geoffrey Posada Serguier, Varanasi, Inde, 2026

Pas le courage de taper dans le cubi de rosé, tellement il fait chaud. Seulement dans les tomates cerises et les chips molles.

Dans la même rue, l’expo du photographe turc Olgaç Bozalp, intitulée D’origine, impressionne. En particulier sa série Leaving One for Another, sur la migration, l’exil et ce qui pousse quelqu’un à quitter son pays, parfois pour des raisons dramatiques, parfois non.

Les images inclassables, tantôt documentaires, tantôt mises en scène, impriment la rétine.

Olgaç Bozalp, Fishtank, série “Leaving one for another”
Olgaç Bozalp, Fishtank, série “Leaving one for another”

Geoffrey, Édouard et moi. Boire un coup au bout de la rue. Manger une pizza au Ginestre sur la place Voltaire. À peine surpris de trouver à quelques mètres de là, dans un bar PMU, Camille et Ines.

Voici Camille (@camiiikazze) et son rire communicatif.

Camille et son sourire communicatif
Camille par moi

Camille est une photographe que j’ai accompagnée en début d’année. Elle photographie une certaine jeunesse dont elle fait partie. Des fêtes sans fin. Les corps au petit matin. Bruxelles de nuit.

Depuis, elle semble assumer davantage ses autoportraits, comme celui-ci que j’aime beaucoup, une sorte de boomerang hypnotique sur la musique d’Acid Arab.

Et voici Ines (@inesousoleil).

Ines par Camille
Ines par Camille

C’est sa pote du Septante Cinq, une école d’art à Bruxelles. Adepte des autoportraits incarnés et décharnés à l’image de celui-ci.

Rejoindre Camille et Ines. Boire des pintes de bière légère. Sauf Geoffrey qui ne « boit que des picons ». Tu savais que le picon ne venait pas du Nord de la France mais de Marseille ? Demander aux filles de me rouler des cigarettes. Prêter mon Fuji XT-20 à Camille qui n’a plus de pellicules pour son Canon EOS 500 mais qui veut continuer à faire des photos.

De g. à d : Edouard, moi, Geoffrey et Ines. Par Camille

Faire la fermeture du bar. Rentrer à 1h30. Petit plongeon dans la piscine. S’endormir vers 2 heures.

Fin du jour 2.

Jour 3 : Je veux y croire

Mercredi 8 juillet. Debout à 8h30. Arles. Petit dej au Peach. 9h50 à la chapelle du Museon Arlaten pour l’expo de William Klein, This way to heaven (« Par ici le paradis »).

William Klein : This way to heaven

Une rétrospective centrée sur sa période la plus créative, du début des années 1950 au milieu des années 1970. Celle où son regard sur la société américaine est le plus acerbe.

L’histoire commence en 1952. Klein a 25 ans et vit à Paris depuis cinq ans. Il a appris le français et chopé Jeanne, une Belge avec qui il se marie, fréquente l’atelier du peintre Fernand Léger et s’adonne à une peinture disons abstraite et géométrique.

William Klein, Composition abstraite, vers 1952
William Klein, Composition abstraite, vers 1952

Mais peindre des signes et des formes ne lui permet pas de « dire certaines choses sur le monde », comme il le confiera à la télé suisse, dans un français impeccable.

Deux ans plus tard, en 1954, il est de retour à New York pour bosser au sein du magazine Vogue. Il commence un journal photographique qui deviendra, en 1956, le livre culte New York 1954-55, témoin du rapport amour-haine qu’il entretient avec la ville.

Une ville magnétique et brutale. Riche mais violente. Spectaculaire mais vulgaire. Moderne mais profondément inégale. Chez Klein, les slogans, injonctions, typographies criardes, partout dans New York, deviennent des éléments de langage qu’il s’approprie pour parler la langue de la ville.

Autour de la nef, plusieurs espaces sont dédiés à trois films réalisés dans les années 1960 et 1970 : Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (1966), Mister Freedom (1969) et Muhammad Ali the Greatest (1974).

En 1964, Klein rencontre Mohamed Ali, attiré non seulement par le boxeur mais aussi par l’homme engagé et insoumis. Il le suit pendant dix ans. Le documentaire se termine par « le combat du siècle » : le 30 octobre 1974, à Kinshasa, devant environ 100 000 spectateurs, Ali bat George Foreman par K.-O. au 8e round.

William Klein, Ali vient de mettre Foreman K.O., Kinshasa, Zaïre, 1974
William Klein, Ali vient de mettre Foreman K.O., Kinshasa, Zaïre, 1974

Une expo à la scénographie soignée, signée Raphaëlle Stopin, où l’on plonge dans l’œuvre multiple de William Klein. Sa créativité, sa singularité, son originalité.

10h30. Place de la République. Café et hydratation avec Marie Julliard.

Marie
Marie

Marie (@mariejulliard.photographe), une photographe au fort caractère, croisée à une rencontre entre abonnés à Paris en début d’année. Fait aussi des courts métrages expérimentaux comme le sensible 17h10 (2024) dans lequel la narratrice tente de se reconstruire au sortir d’une relation toxique, ou le plus politique La rhétorique des marches (2025).

Harry Gruyaert : A sense of place

Il est 11 heures et je file à la Chapelle Saint-Martin du Méjan pour Harry Gruyaert et son expo A sense of place (« Le sens du lieu »).

Fun fact : on partage notre logement avec le frère d’Harry. Une sorte de version punk du photographe, aux faux airs d’Arno, le chanteur belge. Je me souviens précisément avoir fondu en larmes la première fois que je l’ai entendu, c’était ici en 2002.

À mon arrivée, une cinquantaine de personnes écoutent en sueur l’accordéoniste belge Tuur Florizoone jouer pour Harry ses airs jazzy. Pas étonnant que la commissaire de l’expo, Géraldine Lay, reprenne la métaphore du jazz dans le texte de présentation :

“Ce qui réunit ses photographies n’est pas le sujet mais la manière dont il s’offre au regard, dont il s’agence sous ses yeux : intensité vibrante des couleurs, découpes nettes des ombres, géométries urbaines qui scandent l’espace comme une phrase de jazz.”

Derrière cette esthétique souvent copiée, je retiens un sens des couleurs et de la composition tout bonnement ahurissant. Je suis aussi surpris de voir un œil toujours affûté, comme en témoigne cette photo de 2022, réalisée à Arles à l’âge de 80 ans.

Je file à la Croisière, lieu incontournable à Arles qui regroupe plusieurs salles.

Première expo : Nous ne sommes pas seuls, consacrée aux images extraterrestres.

Nous ne sommes pas seuls

Elle débute par le fameux poster I want to believe de X-Files, celui qui trône dans le bureau de Fox Mulder. Aussitôt, des images parasites me reviennent : celles de La Meute (saison 4, épisode 2), l’épisode le plus controversé de la série. La scène de la femme amputée des quatre membres, ligotée sur une planche et cachée sous un lit par ses fils consanguins, m’a terrifié adolescent.

Le poster cache une autre histoire : celle d’une photographie mystérieuse réalisée le 8 mars 1975 par le Suisse Billy Meier, auteur de nombreux ouvrages où il affirme, images à l’appui, être entré en contact avec les habitants d’autres planètes.

Billy Meier, Ober Sädelegg, Suisse, 8 mars 1975
Billy Meier, Ober Sädelegg, Suisse, 8 mars 1975

Quarante-cinq ans plus tard, en 2020, l’Allemand Silas Bahr, né en 1992, consacre sa série Semjase’s Friend à la communauté fondée par Billy Meier.

Parmi ses images, une photo révèle le paysage du fameux poster de X-Files. À la soucoupe près, rien ne semble avoir bougé depuis 1975.

Silas Bahr, Ober Sädelegg, Suisse, 2020
Silas Bahr, Ober Sädelegg, Suisse, 2020

L’expo présente des histoires d’extraterrestres plus loufoques les unes que les autres. Je m’arrête ici devant celle de Jean-Claude Ladrat.

Vous la connaissez peut-être si, comme moi, vous avez poncé l’émission Strip-Tease.

C’est l’un des épisodes cultes : La soucoupe et le perroquet (1993).

Alimenté par l’esprit, l’engin devait permettre à son créateur de voler jusqu’au Triangle des Bermudes et rejoindre la « quatrième dimension ».

Yves Bosson, Jean-Claude Ladrat, Builder of Flying Saucers, 1993
Yves Bosson, Jean-Claude Ladrat, Builder of Flying Saucers, 1993

Malheureusement, l’histoire finit pas bien. Ce doux dingue n’était pas si innocent : en 2008, il sera condamné à 10 ans de prison pour agression sexuelle sur mineurs.

Quant à la soucoupe, elle attirait tellement de touristes qu’en 2010, le maire a voulu la déplacer sur un terrain public pour soulager les voisins. Elle était si délabrée qu’elle s’est détruite pendant le transfert.

Depuis, Jean-Claude Ladrat est sorti de prison. En 2018, le journaliste Jean-Charles Chapuzet l’a rencontré pour « soulever le capot de la soucoupe » et en a tiré un livre qui fait envie : Mauvais plan sur la comète, apparemment écrit « à la Truman Capote ».

Paul Kodjo : Photoromance

À l’étage se trouve Photoromance, la première grande expo personnelle en France de Paul Kodjo.

Ce qui frappe d’abord, c’est sa virtuosité : cadrages très cinématographiques, lumière maîtrisée, images léchées.

D’un côté, les romans-photos dont il se fait une spécialité dans les années 1970.

De l’autre, l’effervescence des nuits ivoiriennes, saisies sur le vif dans les bars et les dancings d’Abidjan.

Génération ENSP

À l’étage toujours, Génération ENSP, où trois photographes de l’école exposent des œuvres réalisées pour leur diplôme obtenu en juin 2026.

Et là, coup de cœur pour la série de Guillaume Chevalier Fustec.

En 2022, l’artiste perd deux femmes très proches, dont on ne saura rien. Avec Swift and Swallow (2022-2026), il explore cet état du deuil où la réalité semble soudain chargée de signes et tout paraît vouloir dire quelque chose.

Il est 13 h 30 et je suis à l’entrée de la Croisière pour Somewhere and Somehow d’Olivier Metzger.

Olivier Metzger : Somewhere and Somehow

Le photographe est mort en 2022, à 49 ans, sur une route près d’Arles, laissant une oeuvre inachevée. Difficile de ne pas y penser en traversant cette expo.

Ce qui saute aux yeux, c’est l’extrême maîtrise de la lumière. Metzger savait fabriquer des images, c’est certain. Lui, pointilleux à l’extrême, avait le don de restituer des atmosphères étranges et mélancoliques.

L’inspiration lynchienne est évidente, ce qui devrait m’attirer, mais me laisse un peu en dehors.

Néanmoins, je suis sensible à cette biche croisée par hasard sur une route du Nevada, comme il le racontait en 2011 au centre d’art GwinZegal. Un seul déclenchement.

Olivier Metzger, Bambi, Nevada, 2010
Olivier Metzger, Bambi, Nevada, 2010

Pentti Sammallahti

Dans le prolongement se trouve l’incroyable travail de Pentti Sammallahti.

Duquel se dégagent un silence presque palpable et une certaine forme d’étrangeté.

Il tire lui-même ses photos, et il le fait bien, les tirages sont magnifiques, avec des noirs, des gris et des textures d’une profondeur rare.

Sammallahti est aussi un photographe non dénué d’humour.

Mais c’est dans les étendues glacées de Solovki, sur les bords de la mer Blanche, en Russie, qu’il a réalisé certaines de ses images les plus mémorables.

Regardez cette image panoramique faite avec un Noblex 120 ou un Widelux.

Pentti Sammallahti, Solovki, Russie, 1992
Pentti Sammallahti, Solovki, Russie, 1992

Flower Power

Quitter Croisière vers 14 heures, rincé par le trop-plein d’images. Se poser au Jardin d’été avec un sandwich pour sentir le pouvoir des fleurs.

Direction la maison. 40 degrés. Air brûlant. Piscine même pas rafraîchissante. Retour Arles. 18h30. Vernissage de l’expo collective La diagonale du plein qui prend place à la Bourse du travail du 6 au 12 juillet.

Quinze photographes de l’agence Signatures montrent comment une petite ville française, Saint-Éloy-les-Mines, fait face au déclin rural et économique en inventant de nouvelles formes de résistance et de vie locale.

Trop de gens, trop de bruit, trop de chaleur. En PLS, mes yeux voient sans regarder.

Arno Brignon, Saint-Éloy-les-Mines, 2026
Arno Brignon

Jeter un coup d’oeil au dossier de presse pour en voir plus

Avant de définitivement fondre, je salue Arno Brignon et Clara Chichin et on file boire un coup dans l’un des bars du boulevard des Lices. Y a la soirée MYOP x SPOT aux douches municipales, on y va ?

Yvan de Canson (@yvandecanson) de mon Arles 2025 arrive tout juste. Food truck. Olympe 4000 mixe mollement. Trop de monde à la buvette. On s’arrache.

Édouard, Yvan et moi. Direction l’Archevêché. Croiser des têtes familières. Naomi Pecqueux du réseau MIA a de l’énergie pour trois et Valentine Pignet de Transit toujours la coupe la plus badass de la région.

Danser un peu. Rentrer bourré. Faire des photos à vélo. Mauvaise idée.

Yvan et Edouard dans la nuit noire
Yvan et Edouard dans la nuit noire

Tomber au ralenti dans le fossé. Apparemment pas d’Arles sans chute à vélo. Egratignures et piscine nocturne. Se coucher un peu avant 3 heures.

Fin du jour 3.

Jour 4 : 40 degrés et verres consignés

Le réveil à 8h30 pique un peu. Arles. Peach. Édouard file à une revue de portfolio et moi à la galerie Vague pour From Our Windows.

Rinko Kawauchi et Tokoko Oshoda : From Our Windows

L’expo commence par la star japonaise Rinko Kawauchi et sa série As it is (2020).

Depuis ses débuts, Rinko Kawauchi cherche la beauté dans les petites choses du quotidien. Quand elle devient mère, son regard ne change pas. Toujours ces lumières aveuglantes. Ces couleurs douces. Cette atmosphère onirique.

La différence, c’est qu’une petite fille a pointé le bout de son nez. Dans As it is, on voit ses premiers pas, des sorties en famille, la disparition d’un proche, mais aussi une mouche en gros plan et une tortue qui tente de sortir la tête de l’eau.

L’expo est parsemée de petits haïkus écrits par Rinko.

En voici un qui m’a ému :

« elle m’apprend l’existence de petites bêtes que j’aurais à peine remarquées
elle m’encourage à les prendre en photo
elle illumine mon chemin
pour que je n’aille pas vers le noir
mais vers la clarté
une lumière à la main, la petite personne m’appelle »

— Rinko Kawauchi

Au fond de la galerie se trouve le travail d’une photographe japonaise que je ne connaissais pas, Tokoko Oshoda. J’aime bien sa série Ice Box : des portraits de réfrigérateurs comme celui-ci, révélateurs de la vie et de la personnalité de leurs propriétaires.

Alain Keler : Rétrospective

À 11 heures, je me rends à la rétrospective d’Alain Keler installée aux douches municipales.

Le photographe a 22 ans quand il fait cette photo des manifestations étudiantes de Mai 68.

Alain Keler, Manifestations étudiantes, Paris, mai 1968
Alain Keler, Manifestations étudiantes, Paris, mai 1968

Ce qui est fou, c’est que pendant les 60 années qui suivent, de Mai 68 à aujourd’hui, son style photographique ne bouge pas. Regard humaniste et engagé. Grand sens du cadre. Noir et blanc contrasté, granuleux, immédiatement reconnaissable.

Alain conserve un sens aigu de la composition dans des situations où tout pousse à le perdre, au cœur de zones de conflit qu’on imagine archi-stressantes.

Ou angoissantes comme ce 8 février 1976 à Barcelone où il est à une manifestation catalane interdite. La police arrive. Il est frappé à coups de matraque par une dizaine de policiers, son matériel est confisqué, puis « retrouvé » le lendemain dans un caniveau.

Autre particularité d’Alain Keler : tout au long de sa carrière, il a noirci des tas de journaux intimes, dans lesquels il documente de manière chirurgicale son travail et ce qu’il vit.

Comme ce jeudi 4 mars 1982, au Guatemala, où il fait l’une de ses plus célèbres photos.

C’est l’histoire d’un guérillero capturé dans le village de Chajul et remis à l’armée. Aux photographes présents, on assure qu’il aura la vie sauve.

Alain Keler, Arrestation d’un guerrillero. Sa famille n’a jamais eu de nouvelles ; il a sans doute été exécuté, Guatemala, 1982
Alain Keler, Arrestation d’un guérillero, Guatemala, 1982

Des années plus tard, une ONG contacte Alain à Paris, à la demande de la famille du prisonnier, pour savoir s’il a eu de ses nouvelles. Keler comprend alors qu’il a probablement été exécuté.

Quarante-deux ans plus tard, en décembre 2024, le neveu du prisonnier le retrouve sur Instagram et lui révèle le nom de cet homme resté anonyme : Carlos Ceto Santiago. Il n’est jamais rentré chez lui. Pas plus que les trois autres membres de sa famille arrêtés par l’armée ce jour de mars 1982.

L’expo est aussi dense que passionnante. Compter une bonne heure, surtout si, comme moi, vous vous attardez sur les planches-contacts, comme celle de l’arrestation du guérillero au Guatemala en 1982 dont je viens de vous parler.

Alain Keler est l’un des plus grands. Sans aucun doute. Pas grand monde peut s’asseoir à sa table.

Je retrouve Édouard et Yvan qui s’est levé tard. Direction la tour Luma, avant de rejoindre la Mécanique Générale qui accueille plusieurs expos.

Stan Douglas : Bodies never lie

Tout ce que je déteste dans la photographie contemporaine.

Dans Bodies never lie, le Canadien Stan Douglas reconstitue minutieusement des scènes historiques, comme sur cette photo. Au vu de la voiture en feu, je crois d’abord être devant une scène de protestation. En réalité, il s’agit d’une célébration de supporters.

Le travail de Stan Douglas m’est encore plus insupportable que celui de son compatriote Jeff Wall. Tous deux partagent une approche ultra-conceptuelle de la photographie, mais chez Douglas, c’est surtout le déploiement de moyens faramineux nécessaires à la production de chaque image qui rend fou.

Modèle animal

La Nature d’Edward Steichen donne un avant-goût de l’expo principale avec ces moutons photographiés en 1907 « à la Arno Brignon ».

Edward Steichen, Pastoral Moonlight, 1907
Edward Steichen, Pastoral Moonlight, 1907

S’il y a bien une expo à voir ici, c’est Modèle animal qui montre comment deux siècles de photographie ont construit notre regard sur les animaux.

Kurt Hutton, Londres, 1938
Kurt Hutton, Londres, 1938

D’autres images en vrac qui m’ont marqué :

Et une histoire fascinante : celle de Simona Kossak.

Biologiste et zoologue polonaise, elle a vécu plus de 30 ans dans la forêt de Białowieża avec le photographe Lech Wilczek, entourée d’animaux qu’elle observait, soignait et défendait.

Pour aller plus loin : écouter ce podcast de France Culture intitulé Simona Kossak, l’esprit de la forêt (2 x 28 min).

Compter une bonne heure tellement y a à voir.

Sortir de là à 15 heures. Manger un sandwich au Réfectoire, une ancienne friche industrielle dans le Parc des Ateliers. Rentrer à la maison. Faire une sieste devant Tadej Pogačar qui tue le Tour de France lors de la 6e étape.

Retour à Arles. Où voir France-Maroc ce soir ? Ce sera au Relais de la Poste, qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas un bar PMU mais un hôtel fraîchement rénové. Bien installés, sauf que notre écran est en retard sur les bars alentour.

De g. à d. : Yvan, moi et Edouard, par Geoffrey
De g. à d. : Yvan, moi et Edouard, par Geoffrey

Camille et Ines nous rejoignent à la mi-temps. À la recherche d’un bar qui ne gâche pas le plaisir. À la Croisière : un écran, pas de son. Ça part mal. On tergiverse. Camille revient de la buvette : « Les gars, ils vendent pas de bière ici ! » C’est la goutte de trop.

Direction l’Archevêché. Ambiance cool. Ines tente d’échanger une pile de verres consignés pour faire baisser le prix des consos. La France bat le Maroc 2-0.

Yvan, Edouard et moi, du point de vue de Camille (assise sur une chaise au milieu de la foule) :

De g. à d. : Yvan, Edouard et moi, par Camille
De g. à d. : Yvan, Edouard et moi, par Camille

Après le match, l’Archevêché devient un dancing. Tout le monde danse. Camille plus que les autres. « Camille, c’est un électron libre », me souffle Édouard. Pas faux.

Marie débarque, survoltée. « Y a un after piscine qui s’organise pas loin avec le plus gros fêtard que je connaisse. » C’est censé me convaincre d’y aller ?

Les filles y vont.
Les mecs rentrent à la maison.
Water-polo dans la piscine jusqu’à 4 heures.

Fin du jour 4.

Jour 5 : De Harlem à Monoprix

Réveil crevé à 9 heures. Arles. Peach. À 10 h 45 à l’espace Van Gogh pour Soul of the city ( « L’âme de la ville »), la très belle rétrospective consacrée à Martine Barrat.

Martine Barrat : Soul of the city

Martine Barrat est une Française qui débarque à New York en 1968.

Elle vient du théâtre et de la danse, mais un accident l’oblige à changer de vie. Elle se procure un appareil et commence à travailler avec les enfants du Lower East Side et de Harlem.

Au début des années 1980, Martine Barrat revient en France, à Paris, et capture une énergie similaire dans le quartier de la Goutte d’Or.

Martine Barrat, Le Goutte d'or, 1982
Martine Barrat, Le Goutte d’or, 1982

L’expo est à voir. Par contre, faut venir tôt, y a du monde, d’autant que la capacité d’accueil est limitée à 36 personnes.

Déjeuner à trois à La Bohème, un resto méditerranéen dans une salle voûtée. Entrée, plat, dessert pour 26 balles. Honnête. +1 pour l’aubergine fumée.

Édouard part à Avignon pour le festival, Yvan rattrape William Klein et je file à l’Espace Monoprix pour Nos rêves lointains.

Nos rêves lointains

À partir du fonds photo de la Fnac, les commissaires Fannie Escoulen et Laure Augustins proposent à Arles une traversée en 99 images autour du voyage. Thème archi large qui permet de voir de grandes photos.

J’aime beaucoup celle-ci signée Max Pam.

Max Pam, Yorkshire, Grande-Bretagne, 1991
Max Pam, Yorkshire, Grande-Bretagne, 1991

Dans le prolongement de l’expo se trouvent 7 projets photo en lice pour le Prix Découverte 2026 de la Fondation Louis Roederer.

Le Prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer

Je commence à sombrer de fatigue, mais une série me reste en tête : Re/cover (2013-2016) de Phan Quang.

Le photographe vietnamien transforme la photographie documentaire en mise en scène politique, en enveloppant des familles vietnamiennes dans un voile de mariée pour rendre visibles les absences laissées par les soldats japonais restés au Vietnam après la Seconde Guerre mondiale.

Petit café en face de Monoprix avec Yvan et Stan (@stanlamontagne) dont le travail réalisé au moyen format argentique est toujours un plaisir pour les yeux. Train à 17h18. Montpellier à 18h25.

Fin du jour 5.

Je regrette de ne pas avoir vu Les Ruines circulaires d’Orianne Ciantar Olive à la maison des peintres. J’avais beaucoup aimé son livre éponyme, publié en 2024 aux belles éditions Dunes.

Tout comme Méditerranée : Est-ce là que l’on habitait ? d’Anne-Lise Broyer à l’abbaye de Montmajour, dont j’ai entendu beaucoup de bien.

C’était mon Arles 2026.

J’espère que ça vous a plu.

L’article vous a-t-il donné envie d’aller à Arles ?

Et à celles et ceux qui y sont allés : comment s’est passé votre Arles 2026 ?

Dites-moi en commentaire ce que vous avez aimé, moins aimé.

Merci de m’avoir lu.

  1. Selon les mots du poète Larry Neal repris dans un article de la National Gallery of Art : What Is the Black Arts Movement? Seven Things to Know (2025) ↩︎
  2. Selon les mots de Jean Rouzaud dans un article de Nova : Sun Ra en direct de Saturne (2014) ↩︎
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66 réponses sur « Les Rencontres d’Arles 2026 comme si vous y étiez »

Du temps a passé depuis cet article, certes, mais je viens de le lire.

Pas possible pour moi de vous dire mes préférences ou l’inverse. En revanche, j’ai fait de nombreuses découvertes grâce à cet écrit vivant, qui incite à continuer et à aller voir plus loin. Il y a suffisamment de liens pour cela.

Ce côté personnel de vos réflexions et commentaires, tout en étant informatif, je l’apprécie énormément. Cela enrichit vraiment le contenu.

Pouvoir imaginer les Rencontres d’Arles à travers vos récits est super pour moi. J’y suis allée une fois, en 2010, et maintenant, avec l’âge, cela devient plus compliqué.

Merci infiniment pour vos articles qui font réfléchir.

Mes Rencontres d’Arles. Après trois jours et demi passés aux Rencontres d’Arles et 16 expositions vues, voici mon top 10 et 2 flops.

1. Martine Barrat

Harlem, le South Bronx, la Goutte-d’Or… Son œuvre se tient à la frontière du photojournalisme et de la photographie humaniste, et tire sa force de ce refus de trancher. Barrat ne montre pas : elle partage. Arrivée à New York en 1968, elle filme d’abord, des années durant, les gangs du South Bronx, les Roman Kings, les Ghetto Brothers, qui finissent par l’adopter au point de lui offrir, quand on lui vole sa caméra (achetée avec l’aide de Deleuze et Guattari), son premier appareil photo. De là vient tout le reste : les clubs de boxe pour enfants de Harlem et de Brooklyn, où elle capte moins la violence que la fraternité et ce regard que deux adversaires sont seuls à s’échanger ; les musiciens de jazz aussi, Ornette Coleman ou David Murray. Elle a partagé leur vie à tous, et cela se voit à hauteur d’œil, sans surplomb ni misérabilisme. Son livre sur la boxe, « Do or Die » (1993), est préfacé par Gordon Parks et Martin Scorsese (juste !).

1 bis. Alain Keler : Rétrospective

Alain Keler a été (presque) partout. Une magnifique rétrospective, sublimée par ses commentaires sur chaque tirage, les conditions de la prise de vue et ses planches-contacts. Comme celle de ce « rebelle » arrêté au Guatemala : en mars 1982, au Guatemala, Keler photographie l’arrestation d’un guérillero. On est en plein génocide maya, commis par le dictateur au pouvoir. Des années après le cliché, la photo paraît dans un magazine. La famille du prisonnier le reconnaît. Une ONG suisse demande alors à Keler s’il savait ce qu’il était advenu du prisonnier. Il ne savait rien. Bien plus tard, le neveu du disparu lui a indiqué que son oncle, de même que les autres membres de la famille arrêtés ce même jour, avait été exécuté. Je connaissais mal Alain Keler, voire presque pas. C’est un très grand photoreporter.

1 ter. Pentti Sammallahti, exposé à la Croisière

Une honte pour un photographe majeur. On aurait souhaité le voir dans l’un des nombreux édifices religieux désacralisés d’Arles, voire à l’espace Van Gogh. Bref. Des cadrages inouïs, d’une précision folle, des noirs et blancs aux infinies nuances, de l’humour et de la poésie. Le photographe finlandais est, selon moi, hors catégorie.

4. Harry Gruyaert : A Sense of Place

C’est une synthèse exceptionnelle de cinquante ans de photographie couleur. Une leçon de regard. Gruyaert étant depuis longtemps une star, je n’ai pas besoin d’en dire plus !

5. Omar Victor Diop et Lee Shulman : Being There

Un duo : Lee Shulman, fondateur de l’Anonymous Project, fournit le fonds de diapositives d’anonymes américains des années 1950-1960 ; Diop s’y insère pour réécrire une histoire où les Noirs ont (quasi) toujours été effacés. C’est intelligent, très accessible et plastiquement superbe. À signaler, la plus belle scénographie de toutes les expositions que j’ai vues (une petite vingtaine) : on évolue dans des intérieurs « vintage » des années 50-60. Nouveauté : le même principe s’applique à quelques films des années 50 projetés dans une salle. Diop nous montre que l’on peut traiter d’un sujet grave avec ironie.

6. Sublime exposition de Sammy Baloj : Une traversée katangaise

Béotien de l’histoire des nations africaines, je n’avais à l’esprit que les changements de noms du Congo belge en Zaïre, puis en République démocratique du Congo. Quelques noms de dictateurs, aussi, à commencer par Mobutu. Et l’intervention franco-belge à Kolwezi.
Sammy Baloji nous parle du Katanga, vaste région du sud-est de la RDC, à la frontière de la Zambie et proche de l’Angola. Il raconte toute son histoire à travers ses paysages et ses traces : un ancien monde des peuples Luba et Lunda, puis la conquête belge et l’exploitation du cuivre, la sécession du Katanga en 1960, le Zaïre de Mobutu et, aujourd’hui, la mondialisation minière.
Un épisode particulièrement marquant est celui de Kolwezi, grande ville minière du Katanga. En 1978, le Zaïre de Mobutu est confronté à une nouvelle rébellion dans la région. Des rebelles prennent Kolwezi, menaçant notamment les populations européennes. La France et la Belgique interviennent alors militairement pour reprendre la ville et évacuer les ressortissants étrangers. Cette crise fait écho à une histoire plus ancienne : dès l’indépendance, en 1960, les Nations unies étaient intervenues au Congo pour tenter de préserver l’intégrité territoriale du jeune État et mettre fin à la sécession du Katanga.

Baloji fait dialoguer des photographies contemporaines avec des images et des documents historiques pour montrer ce que cette histoire a laissé derrière elle.
Outre le fait de nous remettre les idées en place, on comprend avec cette exposition que les frontières actuelles du Congo, de la Zambie et de l’Angola ont finalement beaucoup moins de profondeur historique que les circulations des Lunda et des Luba, qui existaient bien avant ces frontières.

7. Histoire racontée par les photographes qui l’ont vécue. L’indépendance du Ghana : Dreaming Independence (1957-1976)

C’est une autre très belle exposition historique. Elle raconte les premières années du Ghana indépendant, de l’indépendance proclamée en 1957 jusqu’aux désillusions politiques et au coup d’État de 1966. Une période où le Ghana devient un symbole pour les mouvements anticoloniaux et panafricains, et où l’indépendance nourrit une immense promesse de modernité et d’émancipation.
Les photographies historiques, signées notamment James Barnor, Paul Strand et Marc Riboud, donnent à voir une jeune nation occupée à fabriquer sa propre image. On regrette seulement que le parcours s’arrête net en 1976 et ne dise pas un mot du Ghana d’après, alors même qu’il fait dialoguer ces archives avec une génération d’artistes contemporains : Carlos Idun-Tawiah rejoue, par des mises en scène délicieusement surannées, les lendemains optimistes de l’indépendance, et c’est l’une de ses images qui a été retenue pour l’affiche du festival (on saluera au passage le formidable travail de Denyse Gawu-Mensah et de Rita Mawuena Benissan).

8. Modèle animal à la Mécanique Générale

Je ne savais pas à quoi m’attendre. Toujours une petite crainte face à une exposition monumentale intitulée, en gros, « les animaux ». De très bons moments dans cette collective sur deux siècles de photographie animalière. Les très connus, d’Elliott Erwitt à William Wegman et ses braques de Weimar photographiés dans des situations invraisemblables. Et la révélation d’une photographe polonaise, Simona Kossak (décédée en 2007), qui a saisi les animaux avec sensibilité et humour. Pendant plus de trente ans, à la frontière de la Pologne et de la Biélorussie, elle a inventé une autre manière de cohabiter avec le vivant : pour mieux le comprendre, le soigner, mais aussi le défendre.

9. Travaux moins connus du grand Edward Steichen, centrés sur son rapport au végétal et au vivant (« La nature d’Edward Steichen »).

10. Le beau travail du photographe ivoirien Paul Kodjo et ses photoromans des années 70.

Deux nouvelles du off :

1. L’incontournable Étienne Racine a couvert les rues d’Arles de ses photos pendant sept ans. On pourrait presque dire qu’outre la photographie de Carlos Idun-Tawiah, issue de « Ghana, rêver l’indépendance », les centaines d’affiches collées ici et là à partir de ses images constituent l’autre visuel officieux des Rencontres 2026. Avec, en particulier, cette jeune femme boudeuse arborant une casquette sur laquelle est inscrit « Sorry Mom ».

2. L’Afrique étant à l’honneur, quel plaisir de voir dans le off la galerie éphémère d’Olivier Sultan (Art-Z), qui expose (et vend) des tirages d’immenses photographes africains comme Malick Sidibé, mais aussi ceux, excellents, de Jean-Christophe Béchet. Sachons-lui gré de nous avoir fait découvrir John Quintero.

Deux flops pour finir :

1. Les Rencontres n’y sont pour rien, mais la rétrospective consacrée à William Klein pour son centenaire (1926-2022) a été fermée : le plafond en bois de la chapelle du Museon Arlaten, où elle était présentée, a commencé à se désagréger.

2. Il fallait le vouloir, et être sacrément malin, pour trouver d’où partent les bus qui mènent à l’abbaye de Montmajour. Je le voulais, mais je n’étais pas assez futé. Site internet du réseau de bus déplorable, mauvaises indications, carences informatives des Rencontres sur ce point. Dommage.

NB : je n’ai pas réussi à insérer les photos que j’avais sélectionnées.

Merci pour ce compte rendu si riche.

Franchement, mon coup de cœur cette année a été la série d’Anne-Lise Broyer, simple et belle.

Je suis passée complètement à coté de Harry Gruyaert. Pas à cause de la qualité des photos, mais à cause de la température qui rendait impossible le fait d’y rester, gros regret.

Moi aussi, j’ai eu chaud pour Harry Gruyaert.

Et pour Anne-Lise Broyer, comme je le dis en conclusion, j’ai eu beaucoup d’échos sur cette exposition. Je regrette vraiment de ne pas l’avoir vue.

Merci Anne.

Très bon article Antoine, merci. Il y a de l’avis « critique » et de « la vie », tout court. Votre recette est la bonne selon moi.

Je ne connaissais pas votre blog/site/existence jusqu’à ce qu’un ami, passionné comme moi de photographie, me fasse suivre votre article.

Je vais vous suivre désormais. Etant ce jeudi 6 août 2026 à 18h14 dans le TGV qui va me conduire à Arles, je reviendrai faire un tour ici pour vous faire part très brièvement de quelques émotions.

Encore merci.

Merci Renaud. Et remerciez votre ami pour le partage, alors. C’est chouette de savoir qu’un article circule ainsi, de lecteur en lecteur.

Oui, dites-moi ce que vous aurez pensé de ce cru 2026 après votre passage à Arles. Je serai curieux de lire vos impressions.

Bonjour Antoine,

J’ai grandement apprécié votre article sur Arles.

Je n’ai jamais pu y aller pour plein de raisons, et votre périple était un acompte qui m’aura fait vivre cette expérience : une offre visuelle foisonnante, riche, peut-être même trop pour moi qui sature vite au niveau sensoriel, mais qui surtout m’aura encore une fois fait découvrir de nouveaux photographes à travers votre regard et votre plume (enfin, votre clavier ?) si pertinents en la matière.

Alors, un grand merci !

Je suis content. Merci Elizabeth.

Antoine, je dois avouer que j’aime définitivement et absolument ton approche de la photo et la façon dont tu en parles. (Je pourrais chipoter sur certains détails, bien sûr.)

Pour tout dire, j’en suis secrètement, mais absolument, jaloux, d’une jalousie bienveillante et admirative.

Bien à toi.

C’est probablement la forme la plus élégante de jalousie possible.

En tout cas, merci pour tes mots. Ça me touche vraiment.

Cette impression de détachement n’était pas forcément voulue. Mais si c’est celle que vous avez eue à la lecture, alors ça me va très bien. C’est sans doute une partie de moi qui travaille toute seule, sans trop me demander mon avis.

Merci Gilles.

J’aime aller à Arles sans avoir lu, vu ou entendu un éloge ou une critique.

J’y ai passé trois jours. Je viens de vous lire. Votre récit de vie sur place ne correspond en rien à ma façon d’appréhender un festival, même si j’ai déjà arpenté Arles à vélo et me suis perdue dans la nuit noire, dans les quartiers où le touriste n’est pas invité.

Nous n’avons pas le même âge. Néanmoins, votre écriture est personnelle. C’est un plaisir.

Je vous rejoins dans plusieurs de vos avis — je ne vais donc pas les répéter — et, pour vos lecteurs, j’ajouterai quelques touches.

Dans le off, une version plus « moderne » — cadrage et couleurs — d’Harry Gruyaert : Alex Webb au Mexique. Dans l’église Saint-Julien, des photos impressionnantes de la guerre en Ukraine.

Dans le circuit on, j’ai été touchée par Bruno Boudjelal, Oriane Ciantar Olive, Clément Cogitore — chaque démarche étant très personnelle.

Bien évidemment, tout a changé, et le festival ne correspond plus à ce qu’il était à ses débuts. Mais il apporte suffisamment de points de vue sur le monde, sur l’appréhension du monde et sur des pans d’histoire pour que cela vaille le coup.

Nous n’en sortons ni gavés, ni blasés, ni déçus. Au contraire.

Merci Sylvie pour votre retour très riche.

Oui, bien sûr, il y a mille façons d’appréhender les Rencontres d’Arles. La meilleure est sans doute celle qui nous correspond.

Merci aussi pour votre compliment sur mon écriture. C’est toujours précieux à lire, surtout après un article aussi long.

Et merci pour les différentes expositions que j’ai ratées. Je me suis permis d’ajouter des liens hypertextes sur chacune de vos propositions, pour que les personnes curieuses puissent aller voir plus loin.

Ça fait vraiment envie. J’irai peut-être fin août, sûrement moins dans l’ambiance, mais plus tranquille pour apprécier les expos.

Je suis allé au Festival Photo de La Gacilly cette semaine. C’est bien aussi.

J’aime bien ce que tu fais.

J’ai déjà fait Arles fin août, c’est une autre expérience, moins électrique, mais peut-être meilleure pour vraiment regarder les expos. La semaine d’ouverture a son charme, mais aussi sa part de chaos.

Je n’ai encore jamais fait La Gacilly. J’ai failli l’année dernière. Peut-être cette année?!

Merci Denis.

Bonjour, merci pour cet article : bon mélange de vie et d’expos qui donne envie.

Peut-être fin août. D’ici là, bonnes photos et bel été.

Fin août peut être une très bonne option : moins de monde, moins de chaleur et plus de disponibilité pour les images.

Bon été à toi aussi.

Merci Sébastien.

Merci pour ce partage, vraiment.

C’était génial comme d’habitude.

Et bien sûr, je me rends à Arles chaque année, encore plus motivée après votre lecture.

Chouette journal de bord, Antoine. Toujours un plaisir de lire vos textes. Et merci pour les recommandations.

Des photos des baignades nocturnes?

Pour les baignades nocturnes, il valait mieux préserver la dignité de certains participants. Blague à part, c’est juste qu’on n’a pas fait de photos. Alors que la piscine était éclairée, ça aurait sans doute pu donner des trucs cools.

Merci Jérémy pour le compliment.

Merci. Tout ce qu’il faut pour partager votre regard sur d’autre regards, pouvoir y retourner à son rythme, partir dans des chemins de traverse, explorer, découvrir, et tout cela sans suer à grosses gouttes. Très beau travail rédactionnel en hypertexte.

L’idée des chemins de traverse me parle. C’est un peu ce que j’espérais produire avec tous ces liens : pas seulement raconter mon Arles, mais permettre à chacun de repartir ailleurs. Et sans suer à grosses gouttes, ce qui est un avantage non négligeable.

Merci Antoine pour tes mots qui me touchent.

Si l’article réarme un vieux Nikon FM2, alors je le considère officiellement comme une réussite. Aha.

Merci Fred.

Ben, mon Arles, pour l’instant, c’est vous. Merci.

Pas de sous, plus de place, peu de temps. Peut-être fin août, la fièvre en moins, Arles moins « arlésienne », derrière les ors spectaculaires.

Re-merci. Super rendu, bien écrit, équilibré, enrichissant.

Fin août, c’est moins de théâtre social, et peut-être plus de place pour les images.

Merci pour vos mots, ça me touche.

Et qui plus est : sans le train en retard, les litres d’eau et les 40 degrés.

Merci Cécile.

J’ai beaucoup apprécié votre présentation, qui incite à se rendre à Arles pour découvrir ces journées.

Comme d’habitude, un road movie passionnant entre water-polo, chutes à vélo et bière à gogo!

Merci pour ce voyage arlésien et toutes ces découvertes en images passionnantes, des jeunes talentueux aux maîtres incontestés. Mon ami Alain Keler est extraordinaire, un conteur fascinant.

Bravo pour ce bain visuel et ce talent à raconter des amitiés nocturnes.

Bel été.

“Road movie” me va très bien. Je t’envie de connaître Alain Keler. Quel regard! Quelle rigueur! Quel courage! C’est quand même assez rare.

Bel été à toi aussi, à la prochaine, à Paris, ou ailleurs.

Merci Bertrand.

Merci pour cet article, qui m’a remis un peu les idées en place.

Quinze jours passés à Arles (semaine d’ouverture comprise) m’ont laissée sur le carreau physiquement et intellectuellement. Ton article me remet certaines idées en place et me rappelle quelques coups de cœur (Martine Barrat, Penti, Ming…).

Je reste interloquée par l’exposition dans la grande salle de l’ENSP, dont je n’ai absolument pas compris l’intention. Je crois que la chaleur a aussi brûlé quelques neurones, rendant plus difficile la lecture de certains textes.

N’empêche que ce qui compte, c’est ce qui interpelle l’œil, et je suis bien d’accord avec tes coups de cœur.

Il reste que le Off a réservé aussi son lot de belles découvertes. Trop crevée encore pour retrouver les noms, mais j’ai cumulé de nombreuses cartes de visite pour me remémorer le travail de chacun.

Quinze jours à Arles, semaine d’ouverture comprise, je comprends l’état de décomposition avancée. Physiquement et intellectuellement aha.

Je suis d’accord avec toi : à un moment, les textes peuvent finir par aggraver la fatigue au lieu d’aider à regarder. Surtout quand ils donnent l’impression de demander un doctorat en opacité appliquée. Et oui, malgré tout, ce qui reste, ce sont les images qui accrochent l’œil. Martine Barrat, Pentti, Ming Smith… on se retrouve à quelques endroits.

Merci Séverine.

Je viens de lire ton article sur Arles, où je ne mets plus les pieds depuis un moment.

Trop chaude, trop fric, trop institutionnelle, trop pauvre photographiquement, intellectuellement, artistiquement. Quand le marketing culturel fait de la consommation un mode d’être ici et là, souvent dans l’aseptisation, le politiquement correct, l’aveu de la faiblesse.

Indigence des rues devenues un boulevard à la circulation périlleuse, enchantement tombé du toit, balades nocturnes entre Rhône et alcools déchues de cet amour de la photographie, devenu monstrations, pouvoirs, bêtises, oubli de la maestria des soirées nerveuses, amoureuses, ces baisers à la tequila et au champagne, ces mains à la fièvre des corridas, ces bouches au chant multiple. Ces échanges pertinents sur la photographie et les rencontres dans cette internationale qui avait son nom bien réel au pli de la ville.

Tout cela est tout de même en sous-texte de ton périple gonzo in Arles la fière… Forme assumée chez toi de cette déréliction dans cette affirmation de ton vécu aigu aux propos de roman.

Je te suggère d’ailleurs de changer ton titre. Tu n’es pas spécialement minimaliste, ni punk d’ailleurs, mais gonzo. Bien meilleure référence de mon point de vue, quand la subjectivité installe un rapport au monde partagé avec tes lecteurs, celui d’un voyage très personnel, protagoniste des événements, écrit à la première personne, débordant sur le hors-champ, sur l’ordinaire, la défonce, le fun, tout un mode de vie qui entre dans le reporting, en tant qu’éléments narratifs… Et qui met à bonne distance le marketing culturel anémié qui tue l’expression, la lisse, pour rendre cette nervosité du chant de cette nuit arlésienne dont les jours, expos, ITV, sont la face la plus décorative de ton propos.

Tu as ce que j’ai toujours eu, cet esprit « malin » en son sang (le sang d’un poète, bien sûr), en sa jeunesse mordante, pleine de vie, abrasive, culottée, un poil irrévérencieuse, sensible, qui parfois pêche par raccourci trop rapide. Mais est-ce vraiment un tort, quand le monde va si vite et qu’une urgence s’est faite : celle de vivre au plus haut son « roman sans cesse médité. »

Et quand on a ce prénom, on est forcément un peu, beaucoup, truffaldien. D’autant que François était, comme tu le sais, éminent critique de… cinéma. Ce que tu sais faire, à mon avis, assez bien.

Alors, à quand cette expérience du film ?

Merci Pascal pour cet essai personnel, très bien écrit, ce qui ne gâche rien.

Ta vision de ce que sont aujourd’hui les Rencontres d’Arles est sombre : un festival plus factice, plus institutionnel, plus aseptisé, plus pauvre aussi, et un peu vidé de sa fièvre ancienne. Je comprends ce constat, même si je ne le ressens que partiellement.

Peut-être parce que ce n’était que ma troisième semaine d’ouverture à Arles. Ça doit jouer. Même si, par moments, je ressens bien ce que tu pointes.

Merci aussi pour tes mots enthousiastes. Ils m’ont permis de découvrir Les poètes de sept ans, ce qui n’était pas prévu dans ma journée, puis, dans un élan de sérendipité assez agréable, quelques articles sur le journalisme gonzo. Je connaissais évidemment Hunter S. Thompson depuis mes jeunes années de lecteur, mais je me suis retrouvé à chercher ce que ce nouveau journalisme avait produit en France, quels auteurs il avait touchés, quelles traces il avait laissées.

Enfin, pour le film, c’est largement improbable. Je crois que je suis trop control freak pour ça, entre autres choses. Et j’aimerais avant tout avoir plus de temps pour ma passion originelle : la pratique de la photographie.

Belle revue. Cela permet de revoir ce qu’on a vu avec le regard de quelqu’un d’autre. On retrouve des similarités, des différences. On s’aperçoit qu’en regardant les mêmes choses, on ne voit pas tout.

C’est dommage que tu n’aies pas pu te rendre à Montmajour: c’étaient pour moi les deux plus belles expositions.

Rendre la Méditerranée aux contrastes colorés très forts par de doux noirs et blancs est bluffant. Quant à Ayana Jackson, c’est phénoménal, bien pensé, réfléchi et esthétiquement superbe.

Je regrette vraiment Montmajour. Plusieurs personnes m’en parlent comme d’un des grands moments de cette édition, donc je crois que je suis officiellement passé à côté.

Ce que tu dis sur le noir et blanc méditerranéen me donne encore plus envie de voir l’exposition. Et Ayana Jackson, même chose. J’ai mis le lien de l’expo dans le corps de ton commentaire, pour celles et ceux qui seraient curieux.

Merci Jean-Luc.

J’ai mis plus d’une heure à lire ton report, qui m’a donné envie de découvrir Arles et son festival photo (peut-être l’année prochaine !) et de redécouvrir X-Files (dispo en replay sur M6 si je ne me trompe pas).

Merci pour tous tes chouettes articles, qui me permettent de rencontrer de talentueux artistes depuis mon canapé.

Merci d’avoir passé autant de temps sur l’article. C’est vrai que si on suit tous les liens, le temps de lecture estimé peut facilement doubler. Voire tripler, pour les plus courageux.

Évidemment, je te conseille d’aller voir les expositions par toi-même et de te faire ta propre opinion. Mais je suis content que mon texte t’ait donné envie.

Pour X-Files, je ne savais pas non plus. Mais le fait d’y avoir repensé pendant l’écriture de l’article m’a donné envie de revoir certains épisodes. (C’est bien sur M6+ j’ai vérifié).

Merci pour ce petit « embarqué » en Arles plein de saveur… et de moiteur !

Pour la première année, lassé par les températures sahariennes qui gâchent un peu le plaisir de la déambulation (et aussi pour éviter tous les artistes ignorés qui hantent les rues, le Leica aux abois), j’ai décidé d’aller à Arles début septembre.

Moins d’effervescence, moins de rencontres, moins de frime. J’aime Arles pour me gaver d’images, me régaler la pupille, me faire frissonner le poil.

Donc, hâte d’y être. Merci pour la mise en bouche.

Début septembre me semble une option très défendable. Moins d’effervescence, et moins de chaleur, deux promesses qui font envie ces temps-ci.

La semaine d’ouverture a quelque chose d’un peu grisant, mais elle peut aussi parasiter les images. À chacun son Arles, finalement.

Merci Jean-Claude.

Comme d’habitude :
– 50% de valeurs sûres (connues) concernant « la photographie » et,
– 50% de plasticiens conceptuels surestimés en scénographies écrasantes.

Cet article suffit, d’autant que le rapport des pérégrinations arlésiennes entre bars, snacks et repos ne me fait pas du tout envie.

Quant à des retrouvailles amicales, ça a disparu depuis longtemps.

Oui, c’est vrai que j’ai rendu compte de mon propre parcours. C’était mon Arles de cette année, pas un modèle à suivre.

On peut évidemment vivre le festival autrement. Beaucoup le font, avec plus ou moins de méthode, de sérieux, de discipline ou de distance.

Je n’ai pas compté le temps de lecture, mais la balade est très sympa, à l’ombre des pintes à la tireuse.

C’est un plaisir de vous lire régulièrement. Cela me fait du bien en tant que photographe-rédacteur.

Je ne sais pas si je saisis bien votre démarche dans la lente découverte de vos travaux.

Au plaisir de vous lire, et surtout pas sur un vélo la nuit.

Merci Michel.

Sur ma démarche, elle est peut-être encore en train de se préciser, même pour moi. La photographie, au fond, c’est quand même ça : une partie de notre vie. Pour toi, pour moi, et pour beaucoup d’entre nous. Alors j’imagine que c’est l’une des raisons pour laquelle j’inclus une partie de la mienne dans mes articles et mes newsletters.

Bien le bonjour.

Il est bon de voir une photo de Camille. Elle est terrible. Je la suis depuis un petit temps, et j’ai eu l’occase de la rencontrer. Comme dit ton pote : “C’est un électron libre.

J’espère un jour te croiser dans les rues d’Arles ou au stand des éditions du Mulet, où je donne un coup de main.

Il est bon de découvrir Arles (cela reste intense) et les autres photographes au travers de tes articles.

Bien le bonjour Thomas.

J’ai transmis ton message à Camille. « Trop trop chouette type », elle a dit.

Et oui, avec grand plaisir pour se croiser à Arles au stand des éditions du Mulet, ou ailleurs. Ce serait assez logique que ça finisse par arriver.

Merci Olivier. Une première impression c’est le but. J’espère aussi que t’auras la possibilité de vérifier sur place.

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